L’autre histoire

04/06/2003 15:16Nicolas Barriquand
« Je n’ai qu’une question à vous poser M. Aubrac : n’avez-vous pas travaillé pour les deux côtés ? » Respirations retenues dans l’amphithéâtre où l’ancien résistant, Raymond Aubrac, est venu faire une conférence. Un homme, âgé et témoin de la deuxième guerre, vient, d’une voix tremblante, de réveiller, à nouveau, la polémique qui trotte autour du véritable rôle du couple Aubrac sous l’occupation

«  Je n’ai qu’une question à vous poser M. Aubrac : n’avez-vous pas travaillé pour les deux côtés ? » Respirations retenues dans l’amphithéâtre où l’ancien résistant, Raymond Aubrac, est venu faire une conférence. Un homme, âgé et témoin de la deuxième guerre, vient, d’une voix tremblante, de réveiller, à nouveau, la polémique qui trotte autour du véritable rôle du couple Aubrac sous l’occupation. En quelques répliques, le conférencier contre son interlocuteur, provoque des applaudissements et pousse le contestataire à quitter la salle. Mais la question blessante est posée : les Aubrac ont-ils eu des liens avec les Allemands ? Cette polémique serait apparue il y a un peu plus de quinze ans quand s’est ouvert en 1987, le procès de Klaus Barbie, le « boucher de Lyon ». L’homme de l’amphithéâtre, un ancien avocat, chevelure blanche et démarche hésitante, confie en comité restreint : « Je n’accuse pas les Aubrac de collaboration mais d’avoir été agents doubles. Vous savez Raymond n’a pas eu le choix, il a sauvé sa peau en acceptant de travailler pour les Allemands mais il s’est dit qu’il travaillerait toujours plus pour la Résistance que pour l’autre camp». Toutes ces informations, il les tiendrait de la fille de Barbie, Uta, cinq ans en 1943, à laquelle se serait confié son père. Tout cela fait beaucoup de conditionnel et d’intermédiaires avant d’arriver au propos du jour… Mais cette thèse est partagée, pour autant est-elle fondée ? Les Aubrac se sont toujours défendus en niant en bloc les accusations.  De jalousie, de révisionnisme, sont accusés les détracteurs du couple, on ne touche pas à l’histoire !  Au delà du cas Aubrac, la question de savoir si l’histoire est figée ou non, manipulable ou non, vient à l’esprit. Pour les deux résistants est-ce nécessaire de remuer le passé ? En tout cas, 60 ans après les faits, l’histoire est toujours contestée et avec la disparition inévitable des protagonistes elle ne trouvera sûrement pas sa conclusion, laissant ouvert un débat d’historiens pour longtemps …

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