« L’art à la Réunion c’est comme une vinaigrette »

13/08/2009 12:40Noémie Debot-DucloyerLa Réunion

À l’inverse des arts vivants (chant, danse, poésie), les arts plastiques ne revendiquent pas de « créolité ». Selon Guy Trichet, responsable de l’association Cheminement Preac (Pôle recherche émergence arts contemporains) et Jean-Luc Igot, artiste et vice-président, les arts plastiques sont plus soumis à une créativité mondiale que réunionnaise. Au moins jusqu’à présent.

Typo : Existe-t-il un art contemporain réunionnais ?

 

Guy Trichet : Contrairement à l’art vivant, les arts plastiques ne revendiquent pas une identité propre. Même si tous les artistes travaillent sur une recherche identitaire, celle-ci n’est pas forcément réunionnaise. Il faut préciser que dans l’île, la culture est jeune. Elle n’a que trois siècles au maximum.

Jean-Luc Igot : Prochainement, une maison des civilisations et unité réunionnaise doit être construite à St-Paul. C’est un projet initié par Paul Vergès, le président du Conseil régional. Pour moi, ce n’est pas à un homme politique de fabriquer les arts, mais au peuple de construire sa propre identité. Notre métier est constamment influencé par des joutes politiciennes, l’État étant notre principal créditeur. Mais j’ai espoir, je pense qu’un art spécifique, détaché des politiques, né de l’emplacement géographique est en train de se forger.

Typo : Manquez-vous d’artistes à la Réunion ?

 

Jean-Luc Igot : On manque de technologies, mais pas d’artistes. Par exemple, ici, on ne peut pas fondre de l’aluminium. Les magazines d’arts coûtent très cher. Pour que les Réunionnais s’intéressent à l’art contemporain, les peintres, les sculpteurs doivent avoir une démarche innovante avec peu de moyens techniques. Pour l’instant, les expositions dans l’île sont principalement photographiques. Grâce aux nuits d’arts de pleine lune – manifestation organisée par l’association Cheminement – le grand public a enfin accès aux œuvres d’art contemporaines.

Guy Trichet : À la Réunion, seulement une dizaine de professionnels insulaires vivent de leur art. Les autres, sont des Z’oreilles qui effectuent des allers-retours entre la métropole et l’île. Cependant, beaucoup de jeunes artistes originaires d’ici sont inscrits à l’école d’art et d’architecture du Port à la Réunion. Ils vont faire avancer les choses. Pour nous, c’est une véritable chance.

Typo : Le métissage influence-t-il les arts contemporains ?

 

Jean-Luc Igot : Même s’il y a de plus en plus de métissage, il y a tout de même une certaine protection des cultures. L’art à la Réunion c’est comme une vinaigrette. Le mélange ne se fait pas intimement. C’est rare qu’il y ait des mariages entre les différentes communautés. Pour les artistes, c’est pareil.

Guy Trichet : La culture française influence beaucoup les arts contemporains de l’île. Mais la donne est en train de changer grâce à l’école d’art et d’architecture. C’est un berceau de jeunes artistes créoles. Peut-être les débuts d’une identité propre.

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