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L’argent ne pousse pas dans les champs
30/05/2008 12:24Anabelle BourotteAtlas
Dans les milieux ruraux, l’agriculture et l’élevage sont les principales sources de nourriture et de revenus. Chaque famille cultive ses propres terres et élève son bétail pour sa subsistance.
C’est à 200 km de la bouillante ville de Marrakech que, perdus dans les montagnes de l’Atlas, fourmillent de petites villes et villages que la révolution agricole semble avoir oubliés. Les images de fermiers avec chapeau de paille et bœufs traînant des charrues pour labourer les champs ne sont ici pas des images d’Épinal, mais bel et bien la réalité.
L’agriculture rurale se distingue de l’agriculture extensive par ses petites parcelles de culture de tout au plus quelques centaines de mètres carrés. Quasiment chaque famille possède une ou plusieurs terres, selon sa richesse. L’hiver, on plante de l’orge, du blé et du fourrage pour les animaux ; l’été, les champs deviennent des potagers fournissant tomates, courgettes et oignons. Dans certaines régions, il y a des vergers et même des vignobles qui promettent beaucoup, mais qui ne sont destinés qu’à la seule consommation, faute d’investisseurs.
« La récolte de l’été, on la garde pour nous »
« On est beaucoup d’enfants à la maison, la récolte de l’été, on la garde pour nous », confie Latifa, 12 ans, qui a quitté l’école pour s’occuper du champ de son père. L’entretien des terres prend du temps : il faut vérifier l’irrigation, enlever les mauvaises herbes, labourer, planter… C’est pour cela que tout le monde s’y met. Dans les familles modestes comme celle de Latifa, l’agriculture est pratiquée pour se nourrir et non pour le commerce, contrairement aux familles plus aisées comme celle d’Asma, 16 ans, qui clame fièrement : « Nous, on ne garde que 20 % de la récolte, le reste on le vend, on en a bien assez pour nous ! » Ces familles aux moyens plus conséquents vendent leurs récoltes au souk qui se tient une fois par semaine dans chaque ville.
Pour subsister dans ces endroits isolés, avoir des terres ne suffit pas, il faut aussi des animaux. Elhocein, 10 ans et pas plus grand que son bâton de berger, emmène paître ses treize moutons tous les jours : « Je fais ça pour aider ma famille, mais ça ne sera pas mon métier, moi je veux être médecin. » L’élevage est au même titre que l’agriculture indispensable au développement dans ces milieux ruraux.
La vache, signe de richesse
Treize têtes, c’est un assez gros troupeau par ici, mais les gens ne les mangent pas, ils les gardent pour leur laine et les vendent lors de la grande fête de l’Aïd El-Kebir. Les chèvres sont, elles aussi, vendues, mais les chevreaux sont mangés. Les poules, peu chères, sont nombreuses et appréciées pour leurs œufs, vendus au souk s’il y en a trop pour la famille.
Signe de richesse, la vache coûte très cher, et en plus, « elle mange énormément », rigole Asma avant d’ajouter : « Mais elle nous donne du bon lait et du beurre. »
Dans les montagnes de l’Atlas, les paysans ne se plaignent pas du manque d’eau, car le climat n’est pas sec et l’eau coule convenablement. Les récoltes et les pâturages sont donc toujours assurés, mais c’est leur faible niveau de vie qui préoccupe les habitants. Sur les villages plane l’ombre des grandes terres agricoles des villes, générant de gros revenus et concurrençant les « petits » sur leur propre marché. Elles sont le symbole d’une réussite sociale qu’eux aussi espèrent secrètement voir un jour s’installer dans leurs petits coins de montagnes.
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