L'animisme, fin de parcours ?

05/05/2004 14:48Marina DenogentTypo Mali
Un des piliers de la culture africaine au Mali se fissure doucement : l'animisme se voit aujourd'hui supplanté par l'islam, du fait de son élitisme et de sa complexité. Aujourd'hui, seuls 4% de la population malienne pratique au grand jour ce qui était la première religion d'Afrique noire. Mais les derniers animistes résistent, et avec eux subsistent quelques-uns des rites qui donnent son image si mystérieuse à cette croyance du passé.

L'animisme est aujourd'hui une religion en voie de disparition. Ses rites et croyances ont difficilement résisté aux dogmes de l'islam ou du catholicisme. Ces deux religions ont en effet un gros avantage sur l'animisme: elles se déplacent facilement et sont ouvertes à tout le monde, tandis que les rites animistes ne s'observent que dans des lieux sacrés, choisis par les Anciens depuis la nuit des temps. L'animisme souffre de l'élitisme dont les Anciens font preuve pour transmettre principes et secrets : avec chaque « vieux sage » qui meurt disparaît un peu du savoir de la magie donnant toute sa réalité aux croyances. Ogodana Dolo, guide à Sangha, la « capitale » du pays Dogon, est également Gardien des Masques, ce qui signifie qu'il a sa place au conseil des sages pour les décisions importantes et la préparation des fêtes. Il n'est pas pour autant le dépositaire de la totalité des secrets de l'animisme : « Le peuple qui nous a précédés, les Tellems, nous a légué une partie de sa culture mystique et de son savoir, explique-t-il. Mais une partie de ces pouvoirs a disparu avec les générations passées. »

L'animisme et le fétichisme

Selon Ogodana, l'animisme est simplement la vénération d'un dieu unique, Amma, sous différentes formes : les êtres vivants, les lieux qu'il a créés, ainsi que les objets dont il a permis la confection. Pour cette adoration, les Anciens utilisent les fétiches, différentes représentations de Dieu. Les fétiches, hors l'image traditionnelle de la statuette, peuvent se présenter sous n'importe quelle forme, un bâtiment, par exemple. Ainsi lors de la fondation d'un village, les Dogons commencent par construire la Guina, un temple censé protéger la tribu. Les fétiches peuvent également être des animaux : à Amani, un village de la falaise dogon, le principal lieu de culte est une mare sacrée, car elle loge les totems (entités protectrices du village) : les caïmans. Les enfants d'Amani peuvent s'y baigner sans crainte, il ne leur sera fait aucun mal. Un vieux sage, après quelques noix de kola, raconte : « Un fou d'Amani s'était fait exiler dans la brousse, où ses parents lui apportaient à manger régulièrement. Ce fou s'échappa de la cabane où il était enfermé, et revint au village en pleine nuit. Il tomba alors dans la mare sacrée, où il se noya. Lorsque, plusieurs jours plus tard, on retrouva son cadavre, il ne portait pas la moindre trace de morsure. Il s'était noyé, mais les caïmans avaient respecté son corps. » Les caïmans sont censés ne pas faire de mal aux habitants d'Amani, mais ils ont le droit de donner un coup de dent dans un touriste qui passe...

Une religion intégrée à la société

L'animisme est une religion extrêmement difficile à définir, pour la bonne raison qu'il ne s'exprime pas ou plus par une codification bien précise : il devient une des manifestations de la tradition dans la vie quotidienne. Il est tellement intégré à la société Dogon qu'il en fonde la plupart des règlements. Camara Laye, écrivain guinéen, aborde le sujet dans l'Enfant Noir. Ce roman du début du siècle expose le point de vue d'un enfant sur les rites pratiqués par son père, très proche de la religion musulmane, mais exécutant des rites relevant plutôt de l'animisme. Celui-ci, forgeron, ne peut travailler l'or qu'après s'être entièrement lavé et il se sert des grigris (produits et objets sacrés) pour protéger l'or des démons et en préserver la beauté. Cette recherche de la pureté caractérise tout pratiquant animiste.
La pratique de l'animisme chez les musulmans peut sembler paradoxale ; cependant, son usage est tellement passé dans les mœurs qu'il n'est quasiment plus une religion, mais plutôt une manière de vivre. L'animisme tient également lieu de loi, puisque le conseil du village se compose entre autres des vieux sages, du Gardien des Masques, du marabout avec, bien sûr, le chef du village, tous étant les principaux détenteurs du pouvoir religieux. L'animisme entretient des liens si étroits avec la vie quotidienne qu'il ne saurait disparaître sans l'anéantissement de la culture Dogon.

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