Jeune encarté, un oxymore qui n’en est pas un

30/10/2009 17:15Alexis HontangChalon

Quatre jeunes sur cinq possèdent une image négative de la classe politique. De là à prendre une carte auprès d’un parti, il y a un pas… que certains ont franchi.

 


Lors d'une distribution de tracts avec les MJS, à Chalon
Lors d'une distribution de tracts avec les MJS, à Chalon

Le samedi après-midi, un flux ininterrompu de piétons déferle Grande Rue, à Chalon. L’occasion propice pour diffuser ses idées politiques. Alors qu’au bas de la rue, un adhérent de la CGT s’époumone dans son mégaphone, un peu plus haut, des tracts sont distribués, invitant à rejoindre le Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS). « La tâche traditionnelle du jeune dans un parti », remarque Jérémy Pinto, le chargé de communication des MJS 71, « On y consacre chacun beaucoup de temps. Ça fait partie du boulot ! » 

Les jeunes et la politique, ça peut aussi faire deux. Un sondage Ipsos de novembre 2006 révélait que quatre jeunes Français sur cinq possédaient une mauvaise image de la classe dirigeante. Pis encore, 87% des 18-25 ans estimaient que les élus ne se préoccupaient pas de leurs attentes. A partir de ces constats, comment envisager une inscription auprès d’un parti ? 

Manipulations ?

Lycéen à Chalon-sur-Saône, Adrien, lui, s’intéresse à la politique. « Mais, pour moi, prendre une carte est inenvisageable. J’ai toujours eu l’impression que les dirigeants manipulaient les plus jeunes, qui ne seraient bons qu’à être pris en photo pour attirer cette cible électorale.» Pour Stéphane, lui aussi lycéen, « Prendre une carte, c’est adhérer à 100% à leurs idées et n’avoir qu’une bille en tête. »

 

Jean-Vianey Guigue (au centre), lors d'une réunion avec les Jeunes populaires, au siège de l'UMP 71

Au siège de la section UMP de Saône-et-Loire, des dizaines de clichés de jeunes de droite parsèment les tableaux en liège de la salle de réunion. Une fois avec Xavier Bertrand, une autre avec Jean-Paul Anciaux. « Manipulés ? Je ne crois pas », estime Jean-Vianney Guigue, chef des Jeunes populaires du département, par ailleurs conseiller municipal à Chalon. « A mon avis, la politique a changé et on a compris que les jeunes comptent, et pas seulement pour coller des affiches. Par exemple, les idées qui ressortent de nos débats sont transmises aux élus ». Reste à savoir ce que la classe dirigeante en fait…

A la question « Est-ce que le rapport des hommes politiques aux jeunes a évolué, favorisant l’engagement de ces derniers ? », Christophe Sirugue, maire (PS) de Chalon, lance, dans un grand sourire : « C’est un scoop ! Je ne crois pas que le rôle du jeune au sein du parti a fondamentalement évolué. Par contre, récemment, je remarque qu’ils sont de plus en plus dynamiques, qu’ils souhaitent de plus en plus s’impliquer dans les débats. » 

 

Un esprit de groupe

Julien Gabon, responsable des jeunes socialistes de Chalon, en pleine opération de tractage

La nouveauté réside dans le fait que les jeunes « encartés » occupent aujourd’hui un média quasi inconnu des générations précédentes : internet. La section MJS de Saône-et-Loire, en plus d’alimenter régulièrement un blog, possède 31 membres sur Facebook. Les jeunes populaires, eux, en comptent 119, « mais cela reste un moyen de communication comme les autres », analyse Jean-Vianney Guigue. « La plupart d’entre nous se sont inscrits grâce au bouche-à-oreille », renchérit Jean-Marie, un « Jeune pop’ » chalonnais. Jean-Vianney Guigue précise : « À l’UMP, Sarkozy a su fédérer autour de sa cause. Aujourd’hui, être un jeune pop’, c’est essentiellement être sarkozyste. »

A gauche, où les tensions internes sont plus palpables, les différents courants n’empêchent pas le bon fonctionnement des MJS saône-et-loiriens, selon Julien Gabon, responsable du groupe chalonnais. « Après tout, on prend une carte pour débattre et faire avancer son opinion ! », rajoute-t-il. Les Jeunes populaires partagent cet avis : « Rencontrer d’autres adhérents est source d’enrichissement et d’expériences communes. Ca tisse des liens ! ».

 Jeune et la politique, mode d’emploi

En Saône-et-Loire, parmi les jeunes, le parti le plus représenté est sans nul doute l’UMP. Les Jeunes populaires revendiquent 200 encartés, dont une cinquantaine de lycéens. Au niveau national, ces personnes, âgées entre 16 et 30 ans, seraient 35 000. Le Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS), la branche jeune du PS, compterait entre 6 000 et 10 000 membres, âgés de 15 à 28 ans. Dans le département, on dénombre une trentaine d’encartés MJS. D’autres partis politiques possèdent leur branche de jeunes, comme les Verts avec les Jeunes Verts ou le Front National avec le Front national des jeunes (qui lui revendique 10 000 adhérents)

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