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Jean-Francois Kahn : "Redécouvrir les valeurs républicaines"
21/12/2004 10:27Samuel GOETA, Christophe LABAUNE, Lucille BouziatTypo Auxerre
Typo a rencontré le créateur du magazine d'informations Marianne. Le charismatique rédacteur en chef, grand amateur de l’Yonne, témoigne de sa position sur la presse et les grands sujets d'actualité.
TYPO : Quels sont vos rapports avec l'Yonne, la Bourgogne ?
J.F. KAHN :
J'ai une maison en pleine campagne, à l'Isle-sur-Serein. C'est un endroit où je peux me retirer pour me reposer. J'apprécie beaucoup cette région qui est très verte, vallonnée. Des villes comme Noyers, Avallon ou Epoisses sont très belles mais malheureusement méconnues. C'est aussi une région où l'on mange vraiment bien...
TYPO : Pourquoi avez-vous éprouvé le besoin de créer Marianne ?
JFK :
Il y a 8 ans, on avait l'impression qu'un discours uniforme régnait dans les médias. Sans parler de pensée unique, beaucoup de gens ne se reconnaissaient pas dans la presse. On attend, dans une démocratie, une pluralité de discours. Il y ait un besoin civique de faire entendre un autre discours. L'objectif de Marianne était de sortir du clivage « gauche-droite » caricatural. Nous avons commencé avec très peu de fonds, sans l'aide de groupes financiers.
Pourquoi le nom de Marianne ?
JFK :
Nous pensions qu'il était nécessaire de redécouvrir les valeurs républicaines. Qu'est-ce qui symbolisait le mieux la République que le nom de Marianne ?
Y a-t-il un public type de Marianne ?
JFK :
D'abord ce sont des personnes qui ont envie d'écouter un autre « son de cloche », qui pensent que l'on peut changer le monde et même que l'on doit le faire ! Ils pensent qu'on peut rendre la société plus juste. Et pour créer une société plus solidaire, il ne faut pas rester passif face à la dynamique financière, économique.
Vous avez lancé une pétition pour «l'Amérique qu'on aime » ? Pensez- vous que cela ait produit un réel impact ?
JFK :
Je n'en sais rien. Nous n'avons pas eu l'intention d'influencer les électeurs américains. Une grande partie d'entre eux ignore déjà ce qui se passe en Irak. Mais en revanche, l'important est que le Président des Etats- Unis est un peu le président du monde. Toutes ces décisions ont des répercussions directes sur notre situation à nous, sur notre avenir. C'est un peu le président du monde. Alors je pensais avec cette pétition qu'il était important que le monde fasse connaître sa voix : le reste du monde aurait voté Kerry.
Quelle est l'opinion de Marianne, et la vôtre, à propos de la constitution européenne ?
JFK :
Il arrive souvent que le journal prenne position nettement, mais sur ce sujet, c'est plus compliqué. Pour nous, l'essentiel est qu'il existe un débat. Aucune opinion ne doit être diabolisée. La situation est complexe. Certes, des idées vont dans le bon sens, comme la déclaration des droits fondamentaux, tes que l'égalité, le social, la liberté...Mais le texte purement constitutionnel est très décevant, car il tourne le dos à une vraie Europe fédérale qui pourrait jouer un contrepoids face aux Etats-Unis. Le droit de veto pour chaque pays paralyse totalement la logique politique. Cela revient à donner un droit de veto aux Américains, car il leur sera facile de diriger les décisions en donnant de l'argent aux petits pays... Bref, nous n'arrivons pas encore à trouver une position précise sur la constitution européenne. Voter non, ce serait en quelque sorte paralyser l'Europe... Mais un oui équivaudrait à approuver ce texte pourtant très décevant...
Quels conseils donneriez- vous à un jeune qui voudrait faire du journalisme ?
JFK :
Le cursus idéal, aujourd'hui est de faire un parcours classique (sciences poliltiques, sciences humaines, lettres ). Parallèlement, une école de journalisme pour apprendre la technique. Il faut rapidement déterminer le type de journalisme envisagé : presse écrite, radio ou télévision. Cela est lié au type d'études que l'on veut faire. Au delà même du cursus, il est capital d'avoir un minimum de culture générale : historique, économique, philosophique. Et il faut savoir parler couramment l'anglais ! C'est aujourd'hui fondamental. Enfin, il faut savoir écrire vite et synthétiser un problème.
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