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Jaime Rosales, ou le Nouveau Cinéma
15/12/2008 08:11Alexis Hontang
Venu présenter ses deux derniers films projetés à La Bobine de Chalon les 8 et 11 décembre,La Soledad et Un Tiro en la Cabeza, le réalisateur espagnol Jaime Rosales a détonné par ses visions très avant-gardistes du septième art.
Aucun dialogue, une part très large au hors-champ, des actions au goutte-à-goutte : indéniablement, Un Tiro en la Cabeza - traduisez :Un Tir dans la Tête - sort des standards cinématographiques. En plein milieu de la projection, quelques spectateurs ont quitté la salle, aussi déboussolés par cet avant-gardisme qu’ennuyés par des péripéties qui tardaient à venir. « Peut-être que j’ai fait un saut trop grand entre l’ancien et le nouveau cinéma », sourit le réalisateur espagnol, Jaime Rosales, 38 ans, s’exprimant dans la langue de Molière, apprise sur les bancs du lycée français de Barcelone.
« À mon avis, le cinéma d’aujourd’hui, idéalisé avec les belles actrices, les aventures exceptionnelles, est en déclin, même dans son fief, aux USA », poursuit le récent vainqueur du Goya – l’équivalent d’un César espagnol – 2008 du meilleur réalisateur pour son film La Soledad. « Ce paradis, qui est aussi très plaisant à voir, va changer, parce que le monde est en pleine évolution lui aussi ».
Dans les musées d’art
Ses longs-métrages en sont une preuve. Projeté lundi 8 décembre par la Bobine, La Soledad – La Solitude, en espagnol -, retrace la vie de deux femmes par un procédé novateur : le split-screen. L’écran est tout bonnement scindé en deux, de manière à ce que le spectateur soit dans deux endroits à la fois. DansUn Tiro en la Cabeza, qui va sortir officiellement courant mars dans les salles françaises, l’histoire d’un terroriste de l’ETA – organisation indépendantiste basque – est décrite sans aucune parole, mise à part l’insulte proférée contre deux guardias civils, tués froidement dans un parking des Landes. « L’absence de dialogues est censée faire participer le spectateur, qui doit ainsi mener une réflexion par rapport à la réalité et au langage », se justifie Jaime Rosales.
Susciter la réflexion, titiller l’intellect : selon le Madrilène d’adoption, voici le point sur lequel le nouveau cinéma se fixera. « Aujourd’hui, c’est 100 % d’émotion. Le cinéma que je défends stimulera l’intellect de la personne. Ce sera un cinéma différent, que l’on pourra aussi voir dans les musées d’art ». Au risque d’éloigner des écrans les spectateurs à la recherche d’un minimum d’action ? « Il faudra s’habituer. Au début de l’art abstrait, on disait que ce n’était pas de l’art. Voyez, aujourd’hui, il a sa place dans les musées à côté de tableaux figuratifs ! Mais attention, je ne dis pas que ce genre de films d’action disparaîtra. »
Le cinéma serait donc en pleine métamorphose. « La mutation sera très longue. Le nouveau cinéma n’apparaîtra que quand l’ancien mourra. On a encore du temps ». Espérant que ses films ne soient pas qu’une comète dans le ciel du 7ème art, Jaime Rosales lance, en guise de boutade : « Le cinéma est mort, vive le cinéma ! »
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