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Jailane l'Égyptienne, force et volonté.
08/03/2006 09:35Marion AvargèsTypo
Jailane est égyptienne. Depuis sa naissance, elle lutte contre tous pour améliorer sa condition, et donc la condition de la femme. Son secret ? La volonté. A 33 ans, elle est guide égyptologue, et sur le point de débuter sa thèse. Pour faire découvrir l'Égypte aux étrangers, elle n'hésite pas à voyager, du Caire à Assouan, sans jamais perdre racine. Un sourire resplendissant inscrit sur les lèvres, elle raconte son parcours, sa vie, son combat.
Jailane :
Au début, j'étais très fragile, j'avais même peur. Je n'avais pas encore de contact, j'arrivais dans un monde inconnu. Mon métier est enrichissant, très vivant, il a changé ma personnalité : j'ai vécu de très bonnes expériences avec les gens que je rencontre. Cela me pousse à progresser et me donne beaucoup de confiance et d'amour à partager. Au bout d'un voyage, je me sens soulagée, et je n'ai qu'une seule envie : donner encore. Être guide, c'est ma passion, ce n'est pas du professionnalisme. Ça me plaît. Ce que je veux, c'est être une bonne ambassadrice, représenter au mieux mon pays. J'essaie d'être à la hauteur. Comme je ne peux pas avoir d'enfants, je passe aussi beaucoup de temps avec les orphelins. Les enfants ont tant de beauté, tant d'innocence.
Typo :
Ta profession, vocation ou hasard ?
Jailane :
Un choix. L'école m'a fait connaître la civilisation. J'ai rencontré des guides égyptologues et ça m'a inspirée. J'aime ce patrimoine, la richesse du pays, chercher mes racines. Cette civilisation est la plus ancienne et la plus vivante dans le monde. Et pourquoi ? C'est ce que je cherche à savoir.
Typo :
Ton métier ne coïncide pas avec les exigences de la société égyptienne vis-à-vis de la femme. Comment es-tu parvenue à te libérer de ces contraintes ?
Jailane :
Personne ne voulait qu'une fille s'absente de la maison, surtout la nuit. À cause de la tradition familiale, c'était très mal vu. Alors, pour éviter les problèmes, mes parents disaient aux voisins que je travaillais en ville, et quand il y avait des visites, que je venais de sortir. En Égypte la femme ne doit pas être indépendante, mais soumise. Après quelques déceptions, j'ai même fini par adopter ce concept : mieux vaut vivre seule que mal accompagnée. Quant à mes parents, chrétiens, après un temps d'adaptation, ils ont très vite accepté, par confiance. En effet, ma mère a été forcée de stopper ses études au niveau du bac, car, dans les années cinquante, il était interdit à la femme d'accéder à l'université. Elle m'a toujours poussée à faire le maximum. Et, malgré mon émancipation, j'ai finalement rencontré un homme dont l'idéologie était très moderne. Il est très fier de moi et m'aide beaucoup, surtout pour les tâches ménagères. C'est quelqu'un de très ouvert.
Typo :
En Égypte, la condition de la femme est encore limitée...
Jailane :
La fausse interprétation des religions influence cette condition. Par exemple, le voile n'est pas du tout explicite dans le Coran, c'est l'homme qui l'a inventé. Les femmes acceptent le voile par peur de Dieu. De plus, si elle n'est pas accompagnée, la femme ne peut pas aller à la mosquée, elle prie chez elle. Dans les mosquées, hommes et femmes sont séparés. Bien entendu, les hommes devant, les femmes derrière.
Mais la condition des femmes évolue beaucoup depuis des années. Aujourd'hui, il n'y a plus de restriction d'études. On trouve des femmes médecins, consuls, ambassadrices, juges... Maintenant, elles ont une carte d'identité et le droit de vote.
Typo :
Te reste-il un but ? Un objectif ?
Jailane :
Enseigner. Je me charge comme une batterie, dans la terre et mon propre enseignement. Il n'y en a jamais assez...
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