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Interview de l'Ambassadeur de France en Roumanie, Monsieur Philippe Etienne
06/03/2003 13:07Journal TireLireTimisoara
L’Ambassadeur de France en Roumanie, Monsieur Philippe Etienne est venu à Timisoara et a visité le lycée bilingue Jean Louis Calderon. Une occasion en or pour les journalistes du journal francophone TireLire d'interviewer son Excellence...
Son Excellence : Je suis très honoré d’être interviewé en public, par un très très bon journal. Je vous conseille d’ailleurs la lecture de ce journal qui s’appelle TireLire. Je suis très honoré, (NR : Son Excellence parle un roumain impeccable) « sunt foarte onorat sa aiba loc aici un interviu ». S’il vous plaît, mesdames, les journalistes !
Ioana Micodin : Vu le conflit avec l’Irak, on parle d’une crise importante au sein de l’OTAN. L’Europe profonde, la France y comprise, s’oppose aux Etats-Unis en ce qui concerne la nécessité d’une guerre contre l’Irak. Quelles seraient les conséquences de cette crise pour l’Europe, pour la paix mondiale, pour la France et pour la Roumanie aussi ?
Son Excellence : Ca, c’est une vraie question de journaliste. Parce que vous êtes dans l’actualité, je crois toutefois que j’ai le droit de contester un peu les termes de votre question en vous répondant qu’il n’y a pas de contestation sur l’objectif…Comme vous le savez, tous les membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies, en novembre dernier, ont adopté à l’unanimité une résolution qui prévoit une méthode pour le désarmement de l’Irak, parce que, c’est ça l’objectif de la communauté internationale. La France, avec d’autres pays, comme l’Allemagne, a simplement dit que la guerre, c’est la solution extrême, qu’il faut tout faire pour l’éviter, même si, le cas échéant, la France, qui est membre de l’OTAN, qui est membre de l’Union Européenne, qui est membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies, prendra toutes ses responsabilités dans tous ces cadres. Mais nous voulons épuiser d’abord toutes les possibilités pour obliger le régime irakien à coopérer très activement, aussi activement que nécessaire, avec les Nations Unies, qui ont envoyé des inspecteurs, et nous avons proposé la semaine passée de renforcer les moyens de ces inspecteurs, afin d’aller jusqu’au bout de cette démarche parce que nous pensons que nous sommes encore dans le temps des inspections. Nous pensons que ce serait une erreur de déclencher un conflit, sans avoir auparavant fait tout notre possible, pour obtenir le même résultat, c’est-à-dire le désarmement de l’Irak, par des moyens moins dangereux, parce qu’une guerre, c’est toujours dangereux. Donc, c’est ça notre position. Encore une fois, il n’y a pas de désaccords sur l’objectif qui est de forcer le régime de l’Irak à coopérer activement avec les inspecteurs des Nations Unies, c’est-à-dire les envoyés de l’ensemble de la Communauté Internationale, pour vérifier et obtenir le désarmement de l’Irak. Il n’y a pas de désaccord. Par ailleurs nous sommes tous d’accord pour dire qu’il faut maintenir la cohésion de la Communauté Internationale. Nous avons simplement dit, calmement, mais clairement, que nous voulons encore considérer que le temps est celui des inspections, de la méthode que le Conseil de Sécurité a décidée en novembre, et que, donc, nous voulons renforcer encore les moyens dont dispose cette mission d’inspection.
Ramona Pojar : Comment la France et l’Ambassade de France pense encourager l’enseignement du français et en français dans les filières bilingues et les classes de français renforcé, et le développement de la francophonie en général ?
Son Excellence : Nous voudrions bien, en effet, renforcer, mais je voudrais dire que ces classes bilingues comme celles du lycée « Jean Louis Calderon » de Timisoara, mais aussi dans beaucoup d’autres villes de Roumanie, dans les universités, parce que nous avons aussi de filières bilingues dans des universités roumaines, le seul fait qu’elles existent et qu’elles soient aussi actives, parce qu’ici à Timisoara, j’ai bien vu que c’était quelque chose qui marchait bien, qui produisait de bons résultats, ce seul fait, donc, il faut déjà le souligner, est très positif. Mais vous avez raison, il faut encore encourager, donc pour nous cela veut dire avoir encore davantage l’occasion de soutenir les classe bilingues, essayer d’en augmenter le nombre, essayer aussi d’augmenter le nombre des filières bilingues dans les universités de Roumanie parce que ce sont des filières qui permettent aux étudiants qui ont été dans des classes bilingues de continuer sur la même voie. Nous pensons qu’il est très important de montrer que ces classes bilingues sont une bonne formation, non seulement pour la culture générale, pour la culture et l’éducation du futur citoyen européen, mais aussi pour trouver un emploi dans des sociétés, ou alors dans des institutions, notamment des institutions européennes. Quand la Roumanie sera membre de l’Union Européenne où la langue française, la connaissance, la maîtrise de la langue française est très utile. Et par exemple, je réponds ainsi encore plus directement à votre question, nous organisons, à Bucarest, chaque mois de Mars, parce que c’est le mois de la francophonie que vous fêtez aussi, un « Salon de l’emploi francophone », où nous mettons en contact des étudiants qui sortent des filières francophones des universités roumaines et des sociétés françaises ou du monde francophone et cette manifestation qui est un trait d’union entre notre coopération économique et notre coopération culturelle, a très bien marché déjà l’année dernière et nous allons la répéter cette année et les années suivantes. Ce n’est qu’un exemple de la manière dont nous allons de plus en plus soutenir les filières bilingues dans les écoles et dans les universités, mais je voudrais dire que ceux qui les soutiennent le plus, sont les élèves et les professeurs qui sont dedans. Et je vous remercie de ce soutien-là qui est quand même le plus précieux.
Arianda Vuc : Est-ce que votre opinion sur la Roumanie a changé depuis que vous êtes Ambassadeur de France à Bucarest ?
Son Excellence : Certainement, parce que je dois reconnaître qu’avant d’arriver en Roumanie je n’avais pas une connaissance très approfondie de la Roumanie. Et donc, ma connaissance ayant beaucoup évolué, même si elle est encore trop superficielle, mon opinion aussi a beaucoup évolué et je crois, s’est enracinée, pas seulement dans une connaissance, mais dans une véritable affection pour le pays où non seulement je vis maintenant, où je travaille, mais où ma famille vit, puisque je suis venu avec ma femme et trois de nos quatre enfants, et nous vivons donc dans un pays et nous avons déjà eu beaucoup d’émotions, dans ce pays. La Roumanie et la France sont deux pays qui ont beaucoup de liens. Je ne parle pas des liens politiques ni des liens économiques, je parle des liens entre les gens : il y a énormément de Roumains en France, et aussi beaucoup de Français en Roumanie, et moi j’ai été frappé que tous les Français, (notamment que j’ai pu rencontrer depuis mon arrivée, il y a cinq mois, en septembre) tous les français qui vivent en Roumanie, m’ont tous dit, que vraiment leur arrivée en Roumanie, leur vie en Roumanie, même s’ils avaient beaucoup investi, était un succès personnel, je veux dire, ils se sentaient bien. Et moi, je suis peut-être l’ambassadeur de France, mais je suis aussi l’un de ces Français qui est venu en Roumanie, et je fais la même expérience que tous mes compatriotes, d’un accueil très chaleureux, mais aussi d’un milieu très riche culturellement, affectivement, dans lequel nous vivons, et c’est cela surtout que je retiens de ces premiers mois en Roumanie.
Cristina Spoiala : Nous réalisons une édition spéciale de TireLire sur le thème « l’esprit d’équipe » ? Auriez vous la gentillesse, s’il vous plaît, de définir pour nous « l’esprit d’équipe » ?
L’esprit d’équipe, c’est une question difficile…C’est une situation où plusieurs personnes qui premièrement, poursuivent les mêmes objectifs, et deuxièmement établissent entre elles des relations d’organisation, mais surtout des relations psychologiques, telles que ces personnes ensemble, et pas comme addition d’individualités, vont mettre de leurs côtes les meilleures chances pour remplir les objectifs qu’ils se sont fixés ensembles. C’est un peu ça l’esprit d’équipe pour moi.
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