Hué 2004 : Coopération franco-vietnamienne

26/08/2004 09:56Eddy PetitVietnam
L’édition 2004 a bien failli capoter à cause d’un typhon rabat-joie dans la mer de Chine. « Le début a été un peu chaotique, surtout au moment des dernières répétitions et des réglages. Il y a eu beaucoup d'annulations pour la première soirée, mais fort heureusement les choses se sont arrangées », raconte Claude Mathis, commissaire général pour la France.

O riginellement co-organisatrice de la manifestation, la France en reste le partenaire principal, tant par sa programmation artistique que par son appui financier, logistique et technique. Nguyen Xuan Hoa, directeur du bureau permanent du festival confirme : «En fait l'organisation d'un festival international à Hué est une initiative de la France.» L'idée vient en effet de l'ambassade de Hanoi et de l'AFAA (Association française d'action artistique). Pourtant, à l'origine, il n'était pas question de pérennité mais les Vietnamiens ont compris que c'était une occasion unique de créer un événement à Hué. Ils en ont fait un festival biennal. «Dès lors nous avons convenu que l'aide de la France, présente en force dans la première édition - car il fallait tout construire, tout imaginer - s'atténuerait progressivement de façon à permettre aux Vietnamiens de prendre complètement en charge leur festival» , explique Claude Mathis.

Dans l'édition 2004, la France reste fortement impliquée en termes de conseil et d'assistance technique. Avec plus de 2000 festivals par an, l'Hexagone ne manque par d'expérience en terme d'organisation. «Jusqu'à maintenant nous avons pu acquérir un savoir faire dans l'organisation des festivals à partir des festivals français , comme Avignon, La Rochelle...», souligne Nguyen Xuan Hoa. Cette aide s'inscrit dans la durée puisque le ministère français des Affaires étrangères a mis en place, dans le cadre du fond de solidarité prioritaire, une formation aux métiers du spectacle. Le festival de Hué sera régulièrement le lieu, le stage d'application de cette formation nationale au niveau du Vietnam.

Conclusion de Claude Mathis : «Je dois dire qu'en trois éditions, la prise en main du festival par les Vietnamiens est extraordinaire. Leur ingéniosité, leur compréhension des techniques, de l'organisation et leur volonté ont fait qu'ils ont accéléré  le mouvement de manière très importante. Durant cette troisième édition, nous avons travaillé dans des conditions extraordinairement plus agréables et détendues que dans les deux premières. Je suis donc très confiant pour l'avenir.»

 

 

Claude MATHIS,
commissaire général pour la France du festival de Hué 2004.

Comment s'effectuent vos choix pour représenter la France au Vietnam ?
Nous avons tout d'abord défini un thème général de la présence française, décliné autour de trois priorités, dans l'esprit de ce qui avait été fait dans les premières éditions.
Premièrement, nous entendons montrer la création  française contemporaine dans son excellence. Deuxièmement, nous voulons donner une place à des formes d'expression qui correspondent à des goûts et des envies du public local : ainsi, au cours des premières éditions, nous avions remarqué que le public vietnamien appréciait le « nouveau cirque » et les arts de la rue, qui sont un peu la marque de fabrique de la présence française. Troisièmement, nous avons conscience que ce festival de Hué, compte tenu de sa visibilité au niveau national, doit être la meilleure vitrine de la coopération franco-vietnamienne en matière artistique. Les équipes françaises mènent un travail en profondeur tout au long de l'année, et ce depuis longtemps, avec des artistes et des institutions vietnamiennes. Par exemple dans le domaine de la danse avec Régine Chopinot et le ballet de l'opéra de Hanoi, ou encore dans la musique avec Xavier Rist, l'orchestre de Poitou-Charentes et l'orchestre du conservatoire de Hanoi. On peut citer aussi l'école nationale de la photo d'Arles avec l'école des beaux-arts de Ho Chi Minh Ville, l'institut supérieur d'Angoulême de la BD avec l'école de beaux-arts de Hanoi, etc. J'ai donc fait le point sur le travail accompli dans ces différents domaines et j'ai identifié les spectacles qui répondaient au critère de la qualité.

Votre histoire avec le Vietnam a-t-elle commencé avec le festival ?
Elle est beaucoup plus ancienne : j'ai travaillé au Vietnam pour le compte du ministère des Affaires étrangères entre 1968 et 1975. J'étais alors en charge de l'Institut français à Saigon et j'ai donc vécu cette période extraordinaire de la fin de  la guerre avec les Américains et de l'entrée des Nord-Vietnamiens dans la ville. Je suis un peu considéré par le ministère comme un spécialiste du Vietnam. C'est un retour pour moi.

Pouvez-vous nous décrire votre Vietnam ?
Le Vietnam que j'aime, je crois, est encore présent à Hué. La ville a conservé un charme indescriptible qui est bien sûr celui de la nature, de la beauté des paysages, cette Rivière des parfums, les montagnes au loin, les sampans qui glissent sur la rivière... Mais c'est aussi cette chaleur, la gentillesse et le sourire de ses habitants qui semblent un peu préservés à Hué alors qu'aujourd'hui on n'a plus ce sentiment quand on va à Ho Chi Minh Ville et de moins en moins à Hanoi. Ces villes sont devenues trépidantes et illustrent  – et il ne faut pas s'en plaindre non plus – le formidable développement économique que connaît ce pays et qui est en train de s'accélérer à grand pas pour faire certainement demain du Vietnam un des pays les plus en pointe de l'Asie du Sud-Est en terme de développement.

Votre coup de cœur hors programmation française  ?
J'aime beaucoup le travail de la styliste Minh Hanh, tout à fait représentatif de ce que l'on aimerait que soit ce festival. Bien sûr, la présence patrimoniale consacrée à la musique et à la danse traditionnelle doit être importante et elle est présente en force dans le festival. Mais elle doit servir de base, de point d'appui à l'expression contemporaine de la création  et non pas rester figée dans la tradition. Minh Hanh représente bien cette fusion de la modernité et de la tradition. Ses créations de mode s'appuient fortement sur le style général d'habillement des Vietnamiens, sur les coloris, les matières, les tissus, notamment très riches des minorités ethniques, mais tout cela avec imagination et dans une réalisation très contemporaine. On a là tout à fait l'image de ce que pourrait être le festival de demain.

 

Nguyen Xuan Hoa,
Directeur du service de la culture et du bureau permanent du festival.

Quel est le thème de l'édition 2004 du festival de Hué ?
Pour les deux premières éditions, alors que la ville de Hué n'était pas encore bien connue par le public international, nous voulions présenter l'art de vie à Hué.. Pour 2004, nous avons voulu mettre en valeur le patrimoine de la ville. Nous souhaitons mettre le public dans une ambiance d'intégration entre patrimoine traditionnel et art contemporain.

Objectifs à atteindre pour cette édition ?
Notre premier objectif, c'est de transformer Hué en ville de festival typique du Vietnam. Pour cela il nous faut rehausser la qualité du festival et le professionnalisme de l'organisation. Nous souhaitons également développer l'aspect économique et touristique du festival en attirant l'attention des investisseurs étrangers pour développer notre ville. Depuis le festival de 2002, nous avons pu augmenter de 1,5 % le nombre de chambres d'hôtel.

Quel est l'impact du festival sur Hué et sa population ?
On peut parler d'un changement favorable dans l'esprit de notre population qui est devenue plus active, plus dynamique, ce qui correspond mieux à une société moderne. Les habitants ont compris que le patrimoine leur appartient et que ça peut être une ressource intéressante. Les habitants deviennent plus actifs dans la recherche de marchés, dans la recherche des attentes du public. La physionomie de la ville a également beaucoup changé, et en bien, avec de nombreux travaux, rénovations et infrastructures nouvelles... Et puis avant 2000, la nuit à Hué était triste, sans animation ! Aujourd'hui la ville est beaucoup plus animée. Avant il n'existait pas de « Hué by night » ! Aujourd'hui la ville est lumineuse.

Comment la population de Hué prend-elle part au festival ? Les minorités ethniques sont-elles impliquées ?
Nous essayons d'encourager tous les habitants à participer activement au festival. Nous souhaitons qu'ils en deviennent les maîtres d'œuvre. Il y a déjà une forte participation des artistes, des habitants, des étudiants et des fonctionnaires de Hué.. Par exemple, la musique de la cour, la musique traditionnelle et beaucoup de spectacles du festival off sont organisés par des locaux. En marge du festival, l'association de la littérature de la province organise un festival de poésie. Il existe aussi un festival sur la bière de Hué. Enfin, 600 habitants participent au culte de Nam Giao, un des événements les plus remarquables du festival.
Concernant les minorités, nous avons invité la troupe de Viet Bac, du nord du pays, une troupe des hauts plateaux et les Cham du sud. Chaque troupe a joué dans le spectacle d'ouverture. Les minorités de notre province organisent un atelier de sculpture traditionnelle ainsi qu'un festival des arts populaires.

Quelles sont les prévisions pour 2006 ?
Nous fêterons alors le 700e anniversaire de notre région, donnée en cadeau au Vietnam en 1306 à l'occasion du mariage d'une jeune princesse vietnamienne avec le roi de Cham. Nous prévoyons donc un festival avec encore plus d'envergure.

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