Hadou et ses moutons

26/07/2008 21:55Cécile PasquetIfrane

Hadou vit avec sa femme Rkia et son fils Aamit dans une modeste « maison » au cœur d’une prairie dans la province d’Ifrane. Celle-ci leur a été louée par le propriétaire du troupeau dont Hadou a la charge depuis deux ans…

Bonnet violet sur la tête et manteau épais pour se protéger du vent, Hadou est berger depuis plus de vingt ans maintenantIl est impossible de laisser les moutons sans surveillance la nuit, la présence de loups étant fréquenteDans une prairie de la province d’Ifrane, à quelques pas d’une station de ski, on distingue, au loin sur une colline, un troupeau de moutons. Si l’on s’approche encore, on voit une silhouette, assise sur un rocher. Bonnet violet sur la tête et manteau épais pour se protéger du vent, cet homme âgé de 40 ans, qui en paraît cinq de plus, surveille son troupeau. Il s’appelle Hadou et est berger depuis plus de vingt ans maintenant.

Mais les moutons dont il a la charge ne sont majoritairement pas les siens. En effet, sur 200 bêtes, il n’en possède pour le moment que 50. La raison est simple : Hadou est payé en moutons. Pour quatre ovins gardés, il en gagne un. Au moment de la tonte, là aussi le berger obtient une partie de la laine. « Nous ne tondons pas nous-mêmes les moutons, des gens viennent exprès le faire et nous obtenons le quart de laine », précise-t-il.

Lorsqu’il a besoin d’argent, Hadou peut espérer vendre un de ses moutons entre 900 et 1 200 dirhams au souk. Ou alors, il emprunte à son patron et le rembourse en fin d’année. « C’est un métier très dur en hiver, car il n’y a pas de vente », explique Hadou. Et il est impossible de laisser les moutons sans surveillance la nuit, la présence de loups étant fréquente. « Il m’est déjà arrivé de perdre des moutons à cause des loups », précise le berger. C’est pour cela qu’avec Aamit, son fils, et un de leurs voisins, ils se partagent la tâche à tour de rôle afin que chacun puisse se reposer quelque temps et ne pas laisser un instant le troupeau tout seul.

Après vingt ans de métier, Hadou est fier de dire qu’il est capable de reconnaître tous les moutons de son troupeau. Bien entendu, ils sont tous marqués pour ne pas les confondre s’ils devaient se mélanger avec un autre troupeau.

La petite maison dans la prairie

Sur 200 bêtes, Hadou n’en possède pour le moment que 50Hadou peut espérer vendre un de ses moutons entre 900 et 1 200 dirhams (110 €) au soukCela fait environ deux ans qu’Hadou et sa famille vivent dans la province d’Ifrane. Originaires d’un petit village à 17 km de là, Hadou, Rkia et Aamit sont contraints de déménager à chaque fois qu’ils travaillent pour un nouveau propriétaire. Bien loin des grandes villes, leur maison se trouve au cœur d’une prairie, afin de pouvoir surveiller en permanence le troupeau. Murs en pierres, toit en bois (roseau) recouvert de terre et plastique… À première vue, rien de très confortable et pas de porte ! Mais lorsqu’on entre, on s’aperçoit que la chaleur ne manque pas et que l’endroit est un véritable nid douillet. Le sol est recouvert de tapis, fabriqués des mains de Rkia, avec la laine des moutons. Des coussins sont dispersés un peu partout dans l’unique pièce à vivre. Rkia, prépare à manger pour toute la famille grâce au poêle central. Pour les courses, la petite famille ne descend qu’une fois par semaine à Azrou, au moment du souk. Une vie simple, quasiment coupée du monde, où les seuls bruits audibles sont les bêlements des moutons et le moteur des quelques rares voitures passant par là.

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