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Finie la torture pour les tortues
13/08/2009 10:32Alexandre MathisLa Réunion
À peine soixante reptiles mouillent leur carapace dans les eaux réunionnaises. Un chiffre infime que Kélonia, centre de sauvegarde de l’espèce, s’emploie à augmenter.
Pas plus d’une soixantaine. C’est l’estimation dérisoire de la population de tortues marines à la Réunion. Des tortues vertes pour la plupart. Mais aussi des olivâtres, les plus petites, des imbriquées, à la disposition d’écailles particulière, des caouannes, voraces de crustacés ou encore, des tortues luths, mastodontes de deux mètres de long. Diverses, mais trop rares. C’est que ces animaux furent braconnés, « décarapacés », dévorés. L’interdiction de les manger ne date que de 1983. L’île comptait même un centre d’élevage pour la viande. Aujourd’hui, à son emplacement et dans ses murs, s’est installé Kélonia, l’observatoire des tortues marines. Comme une revanche sur le destin, ce qui était un abattoir est devenu en 1994 une réserve de survie. Son objectif : favoriser le retour de ces reptiles.
D’abord, faire évoluer les mentalités. Des équipes de Kélonia ont sensibilisé les pêcheurs à la protection des tortues. « Certains nous les apportent quand elles se sont blessées dans leurs filets », se félicite Murièle Douyère, chargée de la communication du centre. Au quotidien, cinq soigneurs s’en occupent, « réparent » les carapaces. « Parfois, nous les mettons en quarantaine », complète l’un d’eux, Bernardin, en train de nourrir ses pensionnaires. Requinquées, les tortues marines sont relâchées à proximité. Resteront-elles ? Pas forcément. Le repeuplement de la Réunion passe avant tout par la ponte : « Une tortue revient toujours pondre sur le lieu de sa naissance, éclaire Murièle Douyère. Il semblerait qu’une ponte recensée en 2006 corresponde au retour d’anciens bébés relâchés il y a 30 ans… Soit le temps nécessaire pour qu’une femelle atteigne sa maturité sexuelle. »
Depuis la convention de Washington de 1976, il est interdit d’importer ces animaux, donc impossible d’organiser artificiellement des premiers pas de tortues sur le sol réunionnais. Kélonia peut juste bichonner celles qui croisent au large en espérant qu’un jour elles se décident à faire leur nid ici. Et quand bien même, pondre ne suffit pas. « Sur cent œufs, un seul arrive à terme, détaille Murièle. La petite tortue est ensuite à la merci des crabes, des bernard-l’hermite, des oiseaux, des filets de pêche. »
Kélonia poursuit, malgré ces obstacles, son travail de longue haleine. Les résultats se mesurent sur des décennies. « Un peu frustrant », avoue Murièle. Des occupants du centre, ce sont peut-être les tortues des bassins – 80 ans d’espérance de vie – qui assisteront au retour de leurs congénères.
Coque en stock
Coutelier, Pierre Bernard travaille une matière précieuse particulière : l’écaille de tortue. Plus pour très longtemps. L’animal étant désormais protégé, l’artisan exploite les restes de l’ancien centre d’élevage. « Encore 10 ans de stocks », estime-t-il. Alors, il n’en perd pas un cm², d’autant plus qu’avec les années la valeur de la carapace grimpe en flèche. « La cuirasse de tortue morte renferme des couleurs toujours différentes », admire-t-il en la sciant. Ils ne sont que cinq habilités par l’État à travailler cette matière.
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