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Faites confiance à nos profs !
29/07/2008 22:48Juliette BourriganMarrakech
Qu’ils soient professeurs de français ou de physique, ils ne se contentent pas d’effectuer leurs cours. Faire évoluer le système marocain est une de leurs priorités et ils savent mettre le doigt sur les problèmes.
« Nos élèves ne lisent plus. » Le bilan d’Abdel Karim Al Khafiq, Karima Ouahbi et Milouda El Bount, trois professeurs de français, enseignants dans différents lycées de Marrakech, est le même. Ces trois professeurs, très investis pour la réussite de leurs élèves, se relayent pour chercher la faille, pour expliquer « l’échec » résidant dans leur système éducatif. Ici en photo avec l'équipe Typo et Youssef Nait Belaid du rectorat
« Nos élèves ne lisent plus. » Le bilan d’Abdel Karim Al Khafiq, Karima Ouahbi et Milouda El Bount, trois professeurs de français, enseignants dans différents lycées de Marrakech, est le même. Que ce soit en français ou en arabe, les trois enseignants parlent d’un « réel problème de lecture, très présent dans le secteur public ».
Les facteurs de cette démobilisation ? « Des programmes surchargés », pense M. Al Khafiq. En effet, chaque année les élèves doivent « étudier des œuvres intégrales », une aberration selon Milouda El Bount. « Au lieu du programme obligatoire, on aimerait leur faire étudier Harry Potter ! », commente-t-elle. « Les élèves aiment bien faire des exposés. Et c’est bon pour les responsabiliser », affirme Karima Ouahbi. En bref, ces professeurs aimeraient plus de liberté pour faire leurs cours et pensent que les œuvres proposées par le Ministère de l’Éducation ne sont pas assez proches des goûts de leurs élèves. « Allez faire lire Le Père Goriot à un élève de troisième année ! » ironise M. Al Khafiq. Les épreuves de baccalauréat en français ayant lieu au terme de la seconde année (la Première en France), « on se trouve face à des élèves complètement désintéressés en dernière année », ajoute le professeur.
Que faire pour que l’élève s’intéresse au français et à sa littérature ? « L’organisation d’ateliers de lecture, d’écriture ou de théâtre marche bien. Les élèves réagissent », affirment-ils chacun leur tour. « Il faut s’intéresser à l’élève pour qu’il puisse se réconcilier avec l’école », garantit Mme Ouahbi, du lycée Ibn Abbad.
Ces trois professeurs, très investis pour la réussite de leurs élèves, se relayent pour chercher la faille, pour expliquer « l’échec » résidant dans leur système éducatif. « Les élèves n’ont pas de réactions devant les cours magistraux », explique le professeur Al Khafiq. « Mais certains professeurs ne sont pas prêts à se détrôner, veulent être le centre de leur cours », renchérit Mme Ouahbi.
Les cours de français permettent aux jeunes Marocains de découvrir la littérature française. En parallèle, ils suivent les heures de traduction, pour posséder tout le vocabulaire utile pour leurs études supérieures. Ce moyen de fonctionner existe depuis l’arabisation des matières scientifiques en 1989. « Cette arabisation est en quelque sorte un échec, au niveau de l’apprentissage du français », explique le professeur du lycée Mohamed V. Les élèves semblent donc se désintéresser peu à peu des cours de français « sauf bien sûr quelques exceptions », ajoute Mme El Bount.
« Les programmes de français sont très proches au Maroc et en France, alors que les élèves marocains maîtrisent de moins en moins la langue. Il faudrait alléger ces programmes, et d’un point de vue général, alléger les effectifs », expliquent-ils. En effet, ils regrettent la surpopulation des classes, notamment pour les troncs communs (classes de première année), atteignant jusqu’à 50 élèves.
Pour remédier à tous ces problèmes, ces professeurs ont des idées bien précises à proposer au Ministère : « Il faudrait d’abord écouter les enseignants, les mêler aux réformes », proposent-ils. « Être modeste surtout ! » rétorque Mme El Bount. Les manuels du Ministère, « c’est du commerce » et des « analyses superficielles », s’accordent-ils à dire.
Les programmes ne sont donc pas les seuls à être voisins entre les systèmes français et marocains. Les revendications des professeurs sont également très proches. Programmes, effectifs, fonds. Autant de revendications « pour faire avancer le système ».
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