Exclusif : le blocus du lycée Mathias vu de l'intérieur

04/04/2006 17:21Hadrien VincentChalon sur Saône
Depuis lundi soir une centaine de lycéens et d'étudiants chalonnais occupent le lycée Mathias. Par deux votes successifs, lundi et jeudi, une grande majorité des 600 votants, uniquement des élèves de Mathias, ont autorisé le blocage. Dans le calme et la bonne humeur mais avec détermination le collectif inter-lycées proteste contre le Contrat Première Embauche (CPE).

À l'intérieur du bâtiment occupé, l'ambiance est plutôt bon enfant, on joue aux cartes, on fait de la musique on regarde des films... Mais les lycéens sont déterminés. « Notre mouvement est pacifiste mais tant que le gouvernement ne retire pas le Contrat Première Embauche, nous serons là ». Les élèves distribuent régulièrement des tracts aux sorties des lycées pour communiquer sur le mouvement, et affichent devant Mathias. Lors des deux assemblées générales quotidiennes à 11h et 20h30 les débats sont nombreux, parfois houleux. Comment réagir face à une charge de la police ? « Il faut rester à l'intérieur et s'asseoir, propose l'un... Il faut sortir mais de manière ironique et amusante, rétorque un autre ». Au terme d'un débat de plus d'une heure, les lycéens auront enfin décidé comment réagir.

Organisation et sécurité

« Il faut donner une image forte à l'extérieur, ici c'est pas une teuf », lance Nicolas. Des tours de garde sont organisés de jour comme de nuit. Les entrées sont filtrées pour éviter que des casseurs aient accès au bâtiment et l'alcool est proscrit. D'autres s'occupent de la nourriture, des courses et du ménage. En cinq jours les lycéens ont su créer une organisation efficace. « Vous êtes conscients que votre mouvement est illégal, mais je reconnais que vous avez su éviter les débordements », déclarait Alain Boyer, sous-préfet de Chalon sur Saône aux lycéens qui l'ont reçu vendredi dans l'après midi. Ces derniers avaient choisi de se scotcher tous la bouche au fur et à mesure du discours de la proviseure, Mlle Crépin, et de l'inspecteur d'académie, M. Lardy qui accompagnaient le sous-préfet. Ils entendaient ainsi protester contre le « dialogue de sourd » avec le gouvernement qui propose un dialogue, une fois la loi votée en force avec l'aide du 49-3*. Les lycéens ont suspendu l'occupation du lycée pendant le week-end et sont sortis en musique avant le sous-préfet, sous une haie d'honneur de quelques parents d'élèves. L'occupation a repris au lycée Mathias, jusqu'à jeudi grâce à un vote de 439 voix pour (sur 706 votants). Le lycée Emiland Gauthey est également bloqué jusqu'à jeudi (360 voix pour sur480 votants)occupation reprendra dès lundi avec un nouveau vote des élèves de Mathias.

 

• Le 49-3 est un article de la constitution qui permet de passer une loi à l'Assemblée Nationale sans vote, mettant en jeu la responsabilité du gouvernement.


CPE - Altercation à la sous-préfecture le 16 mars

Coté manifestant
Jeudi 16 mars, lycéens et syndicats s'étaient mobilisés en masse contre le CPE. En fin d'après-midi, la foule s'est dirigée vers la sous-préfecture. Une délégation de manifestants a pu rencontrer le sous-préfet. Pour rejoindre les autres, les lycéens ont dû escalader les grilles. Assis aux pieds des forces de l'ordre, les jeunes, dans un esprit pacifiste, criaient même : « la police, avec nous ! ». Puis, la centaine de manifestants présente dans la cour s'est levée, se retrouvant contre les boucliers des policiers. Dans le mouvement de foule, deux personnes ont chuté, entraînant un policier dans leur sillage. La police a alors évacué la cour de la sous-préfecture en lançant des bombes lacrymogènes et en donnant des coups de matraque. Cette brutalité surprenante a semé la panique générale. On dénombre, d'après des sources des manifestants, une dizaine de blessés. C'est un miracle qu'il n'y ait pas eu d'accidents graves. Issue inévitable ou violence gratuite ?

Côté police
D'après le commissaire Astejiano : « Les jeunes sont rentrés par effraction. C'est un délit. Au début, ils ont fait un « sitting » pacifique. Mais, au bout d'un moment, ils se sont levés et une poussée s'est exercée contre les forces de l'ordre. Un policier est tombé. Des gens jetaient de bouteilles de la rue. Alors, le sous-préfet a donné l'ordre de lancer des lacrymogènes. Nous n'avons pas chargé les manifestants, nous les avons simplement repoussés jusqu'aux grilles. Il n'y a eu aucun blessé grave. »

Mathieu Bélière

Toutes les photos de la manifestation du 16 mars



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