Eux, ils ne peuvent oublier. Nous, n'oublions pas... !

06/06/2005 14:39Nohmane MékariTypo Neuengamme
Neuengamme, grand camp de l'Allemagne du Nord a fêté sa libération du 2 au 6 mai. Tous les déportés y ont été conviés pour « un passage de mémoire ». Durant trois jours les pèlerins ont commémoré le souvenir des défunts dans la volonté de « ne pas oublier ».

Ce camp, situé à vingt cinq kilomètres de Hambourg, exposé au vent de la mer Baltique et aux brumes épaisses de la mer du Nord est méconnu. Et pourtant, 106.000 détenus de 28 nationalités sont passés par Neuengamme, 55.000 ont payé ce passage de leur vie. Parmi ces déportés 11.500 étaient des Français et 65 % d'entre eux ont péri. Le 5 mai 1945 les Britanniques découvrent un camp vide. Les nazis ont évacué les déportés jusqu'au dernier, durant de longues marches, dans le but d'effacer toutes traces de leurs forfaits. Les SS organisèrent aussi des évacuations par bateau. 7.000 personnes, originaires de 24 nations, périrent durant des bombardements des alliés contre deux bateaux nazis qui les transportaient. Un lieu a été érigé à leur mémoire.
Soixante ans après, les survivants, accompagnés de leurs familles et de leurs amis, sont revenus sur les lieux de leurs souffrances. Durant ce voyage, les déportés vont retrouver leurs « camarades » de déportation. Ces retrouvailles sont souvent très chaleureuses, une certaine fraternité cohabite avec un sentiment de « devoir », car ce sont les derniers liens vivant avec la déportation.

  « Ces pèlerinages sont organisés afin de ne pas oublier »

Tous les pèlerins, de différentes nationalités, ont été reçus le lundi 3 mai 2005 par le Ministre-Président du Land de Schleswig-Holstein. Une multitude de gerbes ont été déposées au pied du monument « Cap Arcona » durant une cérémonie officielle en mémoire de ces 7.000 personnes mortes lors de cette tragédie. Deux gerbes ont été déposées sur les lieux où les bateaux ont coulé. Les autorités sont aussi très impliquées dans le devoir de mémoire. Le sénat a reçu plus de 1.000 personnes dans l'enceinte de l'ancienne briqueterie du camp, des représentants de toutes les nationalités ont prononcé des discours en mémoire de leurs disparus.
Le mercredi 4 mai 2005, la place d'appel restaurée, lieu symbolique de la souffrance, accueillait tous les anciens déportés pour une cérémonie officielle. Le camp a enfin retrouvé une forme commémorative. En effet, sur le site du camp se trouvaient deux pénitenciers, l'un des deux a déjà été détruit, l'autre le sera bientôt. Aujourd'hui, le camp est un grand musée de la déportation. Les baraques ont été matérialisées par des grands bacs de gravats de 50 centimètres de hauteur. De plus les pylônes électriques sont représentés par de grands piliers métalliques. Plusieurs bâtiments, ceux qui servaient d'intendance aux nazis, des fondations de bâtiment, comme celle du crématoire, et beaucoup d'objets, des wagonnets par exemple, sont conservés dans l'enceinte du camp. À l'intérieur des deux bâtiments restaurés on trouve toute une exposition sur l'univers concentrationnaire.
Les déportés passaient très peu de temps dans le camp central. Ils étaient envoyés sur les « Kommandos » extérieurs. C'est dans ces lieux que beaucoup de déportés ont perdu des camarades. Durant le pèlerinage, toute la journée du jeudi 4 mai 2005 était réservée à ces lieux de déportation. Bien que beaucoup de « Kommandos » soient conservés, certains se résument à une plaque commémorative au bord d'une route ou dans l'enceinte d'une usine. C'est dans ces lieux détruits que l'on ressent une certaine amertume car « notre souffrance ne se résume pas à une plaque commémorative », nous confie Monsieur Tortillet. On ressent aussi cette amertume dans le camp central de Neuengamme parce que certains déportés ne retrouvent pas ce qu'ils ont vécu, ils ne trouvent pas de point de rattachement à leurs histoires. « Cela fait six mois que mon père appréhende son arrivée et il va lui falloir six mois pour s'en remettre », nous sourit la fille d'un déporté. En effet, 60 ans après, le souvenir ne les a pas quittés, il ne fait que s'amplifier. Cela est peut-être dû à une peur de l'oubli ?

Un long combat ...

Jusqu'à la fin des années 1970, Neuengamme fut un camp oublié.
Sur le site de l'ancien camp on trouvait deux pénitenciers qui furent construits après la libération. Alors, l'Amicale Internationale de Neuengamme décida de mener des opérations pour réhabiliter ce lieu de mémoire, en transférant les deux pénitenciers. À ce jour, seule une des deux prisons a été détruite. La mise en place d'un centre de documentation, qui retrace l'histoire du camp, et le transfert de la première prison furent deux tournants essentiels pour le devoir de mémoire vis-à-vis d'un passé lourd. Mais cette initiative de transfert du pénitencier connut de nombreuses difficultés. C'est alors qu'un projet de restructuration fut lancé et ce n'est que fin 2003, après 55 ans, que la première prison disparut de l'emplacement du camp. Courant mars 2005 les autorités décident de fermer la seconde prison construite à la fin des années 1960 et planifient le transfert pour 2006. Ce transfert libérera 60 hectares. Soixante ans après la libération, voici que le combat pour fermer les deux pénitenciers s'achève. En effet, il y a une volonté de garder la dignité des victimes. Ceci est incompatible avec l'existence, en ces lieux, de prisons où vivent des droits communs. « C'est maintenant que Neuengamme est vraiment libéré »


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