Espace des Arts / Cirque théâtre
04/01/2006 11:49Marion Avarguès
Du vendredi 9 au dimanche 11 décembre, l'Espace des Arts accueillait la compagnie de Cirque théâtre Feria Musica pour son nouveau spectacle : le Vertige du Papillon. Pour l'occasion, les sept acrobates s'en sont donnés à cœur joie. Entre apogée et chute, stabilité et déséquilibre, harmonie et conflit, le papillon est bien présent...
« Il paraît que le battement d'aile d'un papillon en Amérique Latine peut provoquer une tempête en Europe. Tout est basé sur ce mythe », nous révèle Céline Maufra, chargée de diffusion de Feria Musica. Cela signifie qu'un geste anodin peut engendrer des conséquences monumentales. Ce spectacle nous projette dans la vie d'un peuple survolté, et des plus originaux. Ce peuple vit dans les airs, au-dessus des toits. Ce sont les maîtres de la voltige, de l'aérien et du risque. Ils sont à la fois enthousiastes, dynamiques et énergiques. Tous s'expriment par le biais de leur corps, mais chacun à sa manière. C'est ainsi que certains se lancent dans une danse endiablée, incontrôlable, tandis que d'autres jouent les équilibristes. L'un ne quitte plus ses petites balles blanches qu'il apprend à dompter, une autre s'épanouit dans le ciel, légère et gracieuse. Notre cœur menace de se briser à chaque fois qu'elle s'élance plus haut, toujours plus haut, mais jamais elle ne manque sa trajectoire. Sa transcendance finit d'ailleurs par nous gagner, et notre angoisse est vite balayée par l'envie de nous lâcher, d'écouter notre corps, tout comme elle. Ce sont des personnalités qui se manifestent parallèlement, et les yeux sont bien incapables de toutes les suivre. « L'action est multisimultanée » insiste Céline. Le regard doit donc choisir.
C'est face à l'obstacle que nous nous dépassons.
Des musiciens sont également présents. Beaucoup plus calmes, ils compensent la frénésie de leurs frères. Et pourtant, lorsqu'on prend la peine de relier les mouvements furibonds des premiers aux sons d'un didgeridou, d'un saxophone ou encore d'une flûte indienne, on prend conscience que c'est l'harmonie qui règne. Tout est compensé, et les extrêmes se complémentent. À chaque envolée est associée une chute, mais ce n'est pas un achèvement. Bien au contraire, c'est de cette chute que va renaître le mouvement. C'est même la condition du renouveau. Tout comme le Phénix renaît de ses cendres, ce peuple se relève d'autant plus fort. Ce qui est paradoxal, c'est que ces individus semblent à la fois primaires et subtils. Primaires, parce qu'ils se laissent aller à leurs pulsions, à leur intuition sans se laisser submerger par une logique quelconque. Subtils, parce que tous leurs gestes sont dotés d'un grand sens artistique, mais également créatif. Du mouvement naît la vie. Mais n'est-ce pas l'essence même du papillon ? Ce papillon qui jouit de son propre vertige, le vit aussi bien intérieurement qu'extérieurement. Nous sommes parvenus à sortir du conformisme. Est-ce une utopie ? Pour toute réponse, une aile colorée se mettra à battre. À vous de l'interpréter comme bon il vous semble.
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