Entre traduction et modernité
02/03/2007 14:43Elodie RAITIERE
Avec plus de 3000 parlers, l'Inde se morcelle en multiples groupes linguistiques. L'hindi, censé rassembler, ne fait pas l'unanimité.
On compte officiellement 22 langues en Inde. En y ajoutant les langues non reconnues et les dialectes, on obtient un total de 3000 idiomes à travers le pays. On peut classer les langues officielles en deux blocs inégaux. Les trois quarts appartiennent aux langues indo-européennes qui sont parlées dans le Nord ; les langues dravidiennes sont employées dans les Etats du Sud. A l'intérieur de chaque groupe, les langues ont beaucoup de liens de parenté entre elles. Ainsi, lorsqu'un Marathi parle à un Gujrati, tel un Français à un Italien, ils ne se comprennent pas d'emblée mais en faisant quelques efforts, ils pourront s'entendre.
De la parole à l'écriture
Toutefois, deux personnes peuvent parler la même langue mais l'écrire différemment. Ainsi les Pakistanais parlent l'ourdou, la sœur jumelle de l'hindi, bien que les écritures soient distinctes. Lors de la partition du Pakistan et de l'Inde en 1947, l'hindoustani a donné naissance à deux langues, avec deux alphabets artificiellement différents. Des nuances de vocabulaire ont poursuivi cette séparation mais à l'oral, un Pakistanais et un Indien parlant hindi se comprennent parfaitement. La plupart des langues indo-européennes s'écrivent en devanagari, l'alphabet de l'hindi, ou dans une écriture proche, avec une barre horizontale supérieure qui joint les lettres d'un même mot entre elles. Les langues du Sud adoptent généralement un alphabet plus arrondi.
Compétition linguistique
Depuis les années cinquante, l'Etat indien défend fermement l'utilisation de l'hindi, qui n'est pourtant la langue principale que de 30% de la population seulement. La langue officielle de l'union depuis 1949 fête son anniversaire tous les 14 septembre. A cette occasion, des hommes politiques apparaissent à la télévision pour inciter les Indiens à employer leur langue officielle. L'anglais n'est que la langue « associée » de l'hindi d'après la loi sur la langue officielle de 1963.
Les Tamouls résistent. Affirmant que leur langue est la plus ancienne, habitants du Tamil Nadu qui parlent une langue dravidienne préfèrent utiliser l'anglais pour communiquer vers l'extérieur plutôt que de se plier aux exigences de Delhi. Parce qu'ils sont étroitement liés à l'identité, les choix linguistiques ont une portée politique particulière en Inde. Les parlementaires sont libres d'employer leur langue régionale lors des cessions, même si cela suppose un système d'interprétariat digne de l'Union Européenne!
Deux langues ont été rajoutées à la liste des langues officielles en 1992, puis quatre autres entre 2004. En 2004, les Tamouls ont obtenu que leur langue soit reconnue « langue classique ».
Et en pratique ?
Avec l'ouverture de l'économie indienne au commerce mondial, l'anglais continue de progresser. De nombreuses chaînes de télévision, étrangères ou indiennes utilisent l'anglais, de même que certains journaux. Mais des solutions intermédiaires existent. A Mumbai, le bambaiya est un langage de rue qui mêle l'hindi (langue nationale), le marathi (langue régionale), l'anglais indien et quelques mots familiers. Entre traduction et modernité, les Mumbaikar, champions du pragmatisme, ont innové.
Commentaires: aucun


