Entre survie et précarité

06/05/2004 10:57Eloïse DussablyTypo Mali
Le système de santé au Mali manque de moyens et d'hygiène, et pourtant il ne s'en tire pas si mal. L'hôpital du Point G, à Bamako, en est le parfait exemple. Dans le plus vieux, le plus prestigieux et le plus bondé des hôpitaux du Mali, on pratique essentiellement la médecine curative, dont la chirurgie, l'ophtalmologie et la pédiatrie. « Nous travaillons dans la pauvreté, mais on fait avec » résume tristement le Dr Djibril Sangaré, chirurgien.

Une hygiène douteuse, un bloc opératoire ouvert aux quatre vents, des femmes qui font la cuisine au milieu des couloirs pour leurs proches alités : ici l'hôpital ne sent pas l'éther et a de quoi effrayer plus d'un Européen. Pourtant les malades y sont en de bonnes mains et ont accès à des médecins compétents, ce qui est loin d'être le cas de l'ensemble de la population.
Luttant sans cesse contre l'automédication traditionnelle, l'hôpital du point G a réussi à se faire une petite place dans l'esprit de la population malienne et bamakoise. L'établissement compte 300 à 380 lits, toujours occupés, répartis en chambres de un à six lits, le dernier cas étant le plus fréquent.
« Nous nous attachons essentiellement à un plus grand confort des patients, en augmentant, par exemple, le nombre de chambres simples ou doubles, ou encore en séparant les malades tuberculeux des non tuberculeux » souligne le Dr Diarra, anesthésiste au bloc opératoire.
En fonction des disponibilités, hommes et femmes sont en principe séparés, de même que jeunes et vieux patients, mais il n'est pas rare de voir un vieillard partager la chambre d'un enfant. « Notre plus grand regret est que les gens ne peuvent rester longtemps à l'hôpital, nous manquons de lits et de personnel et surtout les patients n'ont pas assez d'argent » confie le Dr Diarra.
Les patients doivent en effet, comme dans tous les centres de santé, non seulement payer le matériel de soin, mais également fournir leurs propres repas, que préparent les femmes dans les couloirs grands ouverts de l'hôpital. « C'est triste à dire, mais, vu l'affluence, nous sommes obligés de choisir les patients que nous gardons pour un temps plus long, et notre tendance va vers l'avenir et donc vers les jeunes ».
Les soins proprement dits, en revanche, sont assurés par des fonctionnaires d'Etat, et donc gratuits. « L'hôpital fait de gros efforts pour que la population vienne s'y faire soigner. Par exemple, nous disposons d'une mosquée à l'intérieur même de l'établissement, pour que les patients musulmans n'aient pas à quitter l'hôpital pour leurs prières » souligne le Dr Sangaré.
Le Point G a opté pour un projet d'établissement qui vise à sensibiliser les populations à la nécessité de la médecine moderne, à attirer plus de bailleurs de fonds et demander plus de subventions à l'Etat. « C'est l'Etat qui devrait prendre en charge tout notre matériel : pour le moment nous sommes obligés de faire avec ce qu'on a, et évidemment il y a des hauts et des bas », soupire le Dr Sangaré. A l'heure actuelle, le matériel hospitalier provient surtout des aides extérieures au Mali. L'Hôtel-Dieu du Creusot, par exemple, a envoyé des lits et toutes sortes de machines et matériels à usage unique. « Lorsque, en tant que médecin français, nous visitons le bloc opératoire du Point G, on ne peut qu'être horrifié du manque de matériel et d'hygiène » témoigne le Dr Joseph Klein, anesthésiste au Creusot.
Tout le monde peut entrer facilement dans les locaux du bloc sans être désinfecté au préalable. Après avoir enfilé une simple blouse dont la propreté laisse parfois à désirer, les visiteurs peuvent accéder sans problème aux salles d'opérations, elles-mêmes stérilisées sans grand résultat puisque les portes laissent passer l'air extérieur à chaque ouverture. Les sondes d'aspirations, normalement à usage unique, servent ici pour plusieurs patients. Dans les chambres, murs et draps semblent également ne pas avoir connu de désinfection depuis plusieurs semaines.
Seuls les nouveaux locaux du service de cœlioscopie, en cours de construction, vont plus ou moins respecter les normes « européennes » d'hygiène. Dans ce nouveau bâtiment, des bureaux ont été réservés pour les médecins étrangers venus enseigner cette nouvelle technique. Grâce à la cœlioscopie, les médecins pourront explorer le corps à l'aide de petites caméras, ce qui permettra, en pratiquant des opérations plus « légères », de réduire le temps d'hospitalisation, et donc de traiter davantage de patients.

Commentaires: aucun
Ajouter votre commentaire
Pseudonyme *
eMail * (non publiée)
Titre du commentaire *
Commentaire *
captcha Recopier le code affiché *
* = requis

TEP Num 2 : zoom sur l'entreprise

TEP Num 1 : Moscou 2010

Envoyé Spécial Palestine

Envoyé Spécial Marine

Extra-Muros La réunion - Mayotte

Extra-Muros Maroc

Extra-Muros Bombay

Extra-Muros déportation

Extra-Muros Hué (Vietnam)

Extra-Muros Mali

Extra-muros France vue du Québec

Extra-Muros Quebec

Extra-Muros Vietnam

Extra-Muros Roumanie

Propulsé par La rOute du Net