« En parler peut éviter de passer à l'acte »

06/06/2006 09:57Alexandre Mathis
Le suicide est la deuxième cause de mortalité des jeunes en France, après les accidents de voiture et bien avant le sida. Il est devenu un problème de santé publique. Le Dr Wallenhorst, psychiatre, traite de nombreux cas.

Typo : Le suicide est-il un sujet souvent traité lors de vos consultations ?
Dr.W : Oui, je traite un ou deux cas par mois. Mais attention, lorsque je parle de suicide, je parle de quatre cas de figures : les idées suicidaires, les menaces de suicides, les comportements suicidaires et enfin les passages à l'acte. Cette distinction est très importante car une personne qui a des idées macabres n'est pas encore passée à l'acte. C'est le moment de l'aider.

Typo : Comment en parler ?
Dr.W : Le psychiatre  pose des questions, écoute et  guide pour aller mieux. En parler peut éviter de passer à l'acte, surtout pour un jeune, fragile dans un environnement qui lui paraît hostile.


Typo : Un passage à l'acte peut-il se faire sur un coup de tête ou est-il prémédité?
Dr.W : Les tentatives ne se font pas vraiment sur un coup de tête. La personne peut avoir un comportement impulsif, mais en général le suicide résulte d'une accumulation de facteurs. Certaines personnes ont un mal de vivre profond, un malaise existentiel ou une véritable maladie. Une déception amoureuse, l'échec à un examen ou bien l'abus de cannabis, (il fait perdre toute motivation et peut pousser à la dépression nldr) peut déclencher l'acte.

Typo : On a coutume de dire que celui qui a déjà essayé ne recommencera pas, est ce vrai ?
Dr. W : C'est une idée totalement fausse. En général, il y a souvent une récidive dans l'année qui suit.


Typo : Pourquoi les adolescents sont-ils plus victimes que les autres ?
Dr. W : Premier facteur : l'adolescence est plus longue aujourd'hui. Avant, le jeune était vite lancé dans la vie active, mais maintenant, il est maintenu à l'école pour lui éviter le chômage. Cela provoque une angoisse de l'avenir. Notre vie est fondée sur la quête de sens, la personne a du mal à s'accepter intérieurement. 
Ensuite, il y a ces problèmes de communication avec les parents. Tous les adolescents ont eu le sentiment d'être seul au monde, de ne pas être aimé. Les parents cherchent à être parfaits avec leurs enfants, mais ce n'est pas l'objectif ! L'essentiel est de leur apporter ce dont ils ont besoin, quitte à ce que se soit dur pour eux au début. Ils doivent garder leur rôle de parents ; J'encourage même parfois à laisser éclater les disputes pour que la crise d'adolescence se fasse et que les jeunes extériorisent pleinement leurs problèmes. Il faut aider les parents autant que les enfants.

Typo : Finalement, notre société est-elle coupable de ce fléau ?
Dr.W : Dans nos sociétés occidentales, nous poussons les jeunes dans la vie active sans nous soucier de leurs envies réelles. C'est un monde où l'on valorise la réussite sociale, c'est donc la seule obsession des gens. Les exclus, les marginaux ou les personnes en échec sont  très affaiblis. Mais le succès social ne protège pas toujours. On a beau gagner de l'argent et être en apparence heureux, si notre vie n'est pas en adéquation avec notre intérieur, nous ne nous sentons pas vivre !

Typo : Mais alors, comment doit-on réagir ?
Dr.W : Il faut aider au développement personnel.  Comme çà, les personnes vivront avec leur intériorité, pas avec la réussite sociale.

Quelques chiffres :
Le suicide cause 12000 décès par an en France.
En France, c'est la deuxième cause de mortalité des 25-34 ans après les accidents de la route
Le palmarès des pays les pays les plus touchés : Finlande, Danemark, Autriche et France.
Quelques numéros à votre écoute :
SOS dépression : 01 40 47 95 95
Suicide Ecoute : 01 46 39 40 00
SOS Amitié : 08 20 06 60 66
SOS Suicide : 0 800 32 123


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