El Amane touche le cœur des femmes
03/08/2008 15:16Anabelle BourotteMarrakech
Régulièrement, Najat, membre de l’association marrakchie El Amane, rend visite aux femmes d’un humble village pour parler avec elles de leurs droits. Aujourd’hui, Malika, professeur de lettres à l’université, l’accompagne pour animer l’atelier.
Quand Najat et Malika arrivent au milieu de l’après-midi, le village est désert. La seule présence, ce sont les sacs plastiques qui volent dans les chemins. Une grande pièce est réservée pour les cours et la tôle de fer utilisée en guise de toit vrombit violemment sous le vent. « Les femmes seront peu nombreuses aujourd’hui vu le temps qu’il fait », prévient Najat. Pendant une vingtaine de minutes, des femmes arrivent néanmoins par intermittence et font la bise à toutes leurs amies sous le regard de la dizaine d’enfants assis calmement sur de petits bancs en bois.
Après la distribution des deux citrons et barres chocolatés constituant le maigre goûter des enfants, la réunion commence. Malika se lève et toutes les femmes se rassemblent autour d’elle. L’enseignante leur cite des proverbes sur les femmes, évoquant la tradition à grand renfort de gestes et de mimes. Elle leur demande ce qu’elles en pensent, déclenchant ainsi des discussions ponctuées d’éclats de rire. Malika cerne ainsi la vision plutôt négative que les femmes ont d’elles-mêmes et de leur vie. La scène paraît surréaliste : Malika, jean, t-shirt et cheveux courts, incarne la femme libérée venant parler à ses semblables, pour la plupart voilées de noir ou en couleurs, de leur statut de femme.
Les femmes pour la plupart participent activement, pouffant de rire ou tapotant le bras de leur voisine, sauf quelques-unes, timides, que Malika exhorte à parler. De grands débats s’articulent autour de la gent féminine : est-elle intelligente ? Une jeune fille bondit de sa chaise, bien convaincue que non : « Les femmes sont viles et c’est pour cela qu’elles ont besoin des hommes ! » lance-t-elle. Cette obstination de la jeune fille fait réagir vivement les autres femmes qui tentent de la convaincre du contraire.
Malika à l’aide d’un conte populaire lui explique que les femmes ont, elles aussi, de l’esprit, calmant ainsi la verve de la jeune fille qui bien qu’étant très jeune semble néanmoins la plus traditionaliste des femmes présentes.
La confiance commence à s’installer et Malika décide de parler de sujets plus sensibles, comme la violence conjugale et le divorce. « Tout cela est très mal vu ici », confie Najat, tout en suivant attentivement les débats. Quand elles parlent des violences, les femmes dédramatisent avec ironie. « Le meilleur moment dans le mariage c’est quand on est au lit ! », s’esclaffe l’une d’entre elles. Mais elles ne cachent pas les violences dont elles sont victimes. Ces violences ne sont d’ailleurs pas que physiques, comme en témoigne une femme en plein divorce. « Cette situation est une honte pour moi et ma famille », raconte-t-elle courageusement face aux autres femmes.
La séance dure depuis deux heures maintenant et, pour terminer, Malika et Najat évoquent l’hygiène. La salubrité est un problème important dans des villages pauvres comme celui-ci : la mauvaise conservation des aliments, la saleté des lieux, apportent des maladies.
Bien que sans le sou, les femmes invitent ensuite les deux animatrices à partager un petit goûter.
Cela fait plus de six mois maintenant que Najat vient dans ce petit village. Cela lui a permis au fur et à mesure de tisser des liens avec les femmes : « Au début, elles étaient très méfiantes » confie-t-elle, avant d’ajouter : « Mais maintenant que la confiance est là, je viendrai toujours pour les aider. »
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