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El Amane, pour que la femme soit
30/05/2008 08:30Anabelle BourotteMarrakech
L’association El Amane pour le développement de la femme existe depuis cinq ans. Formation, sensibilisation, éducation sont ses trois mots clés. Elle vient en aide aux femmes de la région de Marrakech, de tous les milieux, citadins comme ruraux.
« Depuis janvier, nous avons déjà 59 dossiers de violences conjugales », affirme Najat, 30 ans, standardiste au centre d’écoute des violences conjugales de l’association El Amane depuis quatre ans. Ce poste lui tenait vraiment à cœur : « J’habite ce quartier depuis que je suis née et je voulais aider les femmes à soulager leur détresse », explique la jeune femme. Même si, parfois, ce travail est éprouvant : « Certaines journées, on a jusqu’à quatre ou cinq femmes qui viennent nous parler parce qu’elles sont battues ou maltraitées. Elles parlent et elles pleurent. C’est parfois dur d’écouter tout ça ! »
La jeune femme présente son association et ses projets : « Nous aidons les femmes à connaître leurs droits, on les accueille et on les suit jusqu’au tribunal si besoin. » El Amane œuvre pour « le développement de la femme », propose une écoute pour les femmes victimes de violences conjugales et un suivi psychologique. Les membres de l’association font aussi des programmes de sensibilisation et d’informations sur les maladies comme le sida ou bien sur la contraception.
Projets plus concrets, des cours d’alphabétisation et d’informatique sont dispensés à des femmes et des jeunes filles pour qu’elles puissent trouver un travail ou se réintégrer à l’école.
Un réseau de bienfaisance
Les actions se déroulent aussi à l’extérieur, dans des villages, pour des cours d’alphabétisation et des informations sur les droits de la femme. « Le milieu rural est un endroit où les femmes ne savent pas qu’elles ont des droits, affirme Najat. On les informe sur leurs droits, on les encourage à parler et à casser le silence. » El Amane entretient également des liens avec des associations dans tout le Maroc : à Rabat, Agadir, Meknès… Les organismes échangent entre eux des informations, se forment aux nouvelles techniques d’écoute et de sensibilisation. « Nous créons ensemble un important projet à soumettre au parlement pour l’amélioration de la protection de la femme face aux violences conjugales », explique ainsi Najat.
L’association est financée par des fonds internationaux tels que Global Rights, liés au lancement de divers projets, en général trois à quatre chaque année. « Mais cet argent ne suffit pas, il nous faudrait plus d’aides », déclare Najat. Des projets privés comme des formations payantes ou des ventes de stylos, t-shirts sont alors réalisés pour financer les locaux, les fournitures et payer les employés.
« Ce siècle-là est celui de la femme »
Même les hommes se rallient à cette cause comme Aziz, comptable et seul membre masculin de l’association, déclarant spontanément : « Ce siècle-là est celui de la femme ! » L’association a pourtant eu des difficultés à se faire accepter dans le quartier, à sa création. L’éducation des femmes et la découverte de leurs droits étaient assez mal vues, comme le raconte Najat : « Les femmes faisaient semblant de venir au cours d’alphabétisation alors que c’était pour parler des violences qu’elles subissaient… » Mais peu à peu, les gens du quartier se sont habitués à la présence de l’association, même si certains y restent hostiles.
Pour Najat, la condition féminine s’est améliorée grâce à la Moudawana, code instauré en 2001 et faisant valoir les droits de la femme. L’application de ce code dans les tribunaux laisse cependant quelque peu à désirer : « elle est peu optimale », commente la jeune femme. Malgré tous les efforts des associations comme El Amane, la condition de la femme reste toujours un sujet délicat et les progrès sont souvent freinés par les traditions. Si la femme devenait aussi libre que l’homme, la vie quotidienne marocaine en serait bouleversée. Le pays est-il prêt pour un tel changement ?
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