Du magma dans les veines

25/08/2009 15:22Alexandre MathisLa Réunion - Volcan
La chaleur du piton provoque une fièvre passionnelle chez de nombreux Réunionnais. C’est le cas de Jean Perrin.

Jean PerrinL’attente aura été longue. Trois semaines avant de pouvoir rencontrer Jean Perrin. Ça se fera au resto, un jour où son boulot de médecin généraliste ne l’occupe pas. Son fils, Alexandre est là aussi, tout juste débarqué de ses études en métropole. Ado ouvert et courtois, on ne peut s’empêcher de se dire que ça va le saouler d’entendre encore son père parler du piton de la Fournaise. Ce dernier doit lui rabattre les oreilles tous les jours avec le volcan à la maison. Le cinquantenaire arrive, enthousiaste. « Enfin, j’ai la crève », précise-t-il. Son meilleur médicament ? Sa passion.

 

Accro, presque drogué. On peut ainsi résumer son état d’esprit. Un comble pour un médecin. Sa dépendance concerne le piton de la Fournaise : « J’ai déjà tout lâché, même le boulot, pour aller voir une éruption ». L’homme compte parmi ces passionnés qui maîtrisent tellement le sujet que même les professionnels parlent de lui. « Je l’ai déjà vu moult fois dans nos locaux, il connaît bien la Fournaise, je sais qu’il arrive parfois avant nous sur les lieux des éruptions », confie Valérie Ferrazzini, de l’observatoire. Même son de cloche à la maison du Volcan où le géologue Patrice Huet affirme : « Jean Perrin s’est déjà retrouvé avec nous en expédition. Il connaît les risques. Et il en prend autant que nous. » En outre, l’amateur emmène souvent des touristes à l’intérieur de vieilles coulées séchées. « C’est magnifique, mais il faut vraiment jauger les dangers, prévient Jean Perrin. Nombreux sont les imprudents à s’être aventurés sans préparation face aux vastes étendues de roches volcaniques du Grand Brûlé (zone de l’île où le décor n’est fait que de laves refroidies, ndlr). »

 

Jean Perrin« Ma passion n’a que 30 ans, c’est récent, rit le médecin. Je dis ça parce que la préhistoire me titille depuis mes 3 ou 4 ans. Ça, c’est une vieille passion ! » Vocabulaire précis. Jean ne galvaude pas les mots et évite les hyperboles à outrance. La voix toujours calme s’allie à un débit rapide. Il ne faut pas l’entraîner trop loin, sous peine de ne plus savoir de quoi on parlait quelques secondes auparavant. Dans ses artères coule une lave en fusion, un sang contaminé par des vapeurs toxiques. Diagnostic : Jean risque de garder la bougeotte, comme quand il va en expédition avec ses amis et sa femme pour admirer le début des coulées de lave. « Pour voir quelque chose, il faut camper. Alors quand on sait par les indications de l’observatoire que l’éruption est imminente, on attend vers les cratères et on plante nos tentes. » Baroudeur pour assouvir sa soif d’émerveillement, mais « en rien sportif », Jean regrette en partie son aventurisme : « Je le paie physiquement. Je viens de subir ma deuxième opération au genou. Je me calme ». Le regard dubitatif d’Alexandre laisse penser qu’il n’en est rien. C’est grave docteur ?

 

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