Doigts de fée et cœur en or
26/07/2008 21:05Cécile PasquetAzrou
Aziz Aboulama est tailleur depuis son plus jeune âge. Sa passion pour son métier et son savoir-faire, il les partage avec des jeunes femmes de sa ville, Azrou, dans un centre de formation destiné à assurer leur avenir.
« J’ai ouvert ma première boutique de tailleur à l’âge de 17 ans », explique Aziz Aboulama. C’est dans une petite rue perdue au cœur d’Azrou que se situe son atelier. L’endroit n’est pas grand, juste de quoi disposer, au fond de la pièce, une machine à coudre et un mannequin pour réaliser les vêtements. Des dizaines de tissus, de matières et couleurs différentes, tapissent les murs. « Maintenant, la couture est devenue de l’art au Maroc. Les gens ont la volonté de s’habiller autrement et le tailleur doit savoir anticiper leurs besoins », affirme Aziz. Pantalons, robes, jupes, djellaba… il sait tout faire. Le client a seulement besoin d’apporter le tissu, donner ses mesures et le tailleur fait le reste. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il le fait bien ! Pas étonnant qu’au fil des années, « le petit tailleur » comme on le surnomme dans la ville, ait réussi à se créer une bonne réputation. « Les gens viennent de loin parfois pour que je leur crée des vêtements ! » affirme Aziz, un éternel sourire aux lèvres.
Et cette reconnaissance semble amplement méritée lorsque l’on voit tout ce que fait Aziz pour les autres. Hyperactif, heureux de faire partager son métier, cet homme qui a toujours une histoire à raconter, est surtout d’une générosité sans égale.
Un cœur gros comme ça
Depuis 1990, Aziz s’occupe ainsi d’un centre de formation pour jeunes femmes. « La condition de la femme évolue beaucoup à Azrou. Plusieurs centres d’éducation se sont créés et l’État marocain a beaucoup fait », insiste Aziz avant de détailler : « Au centre, je montre à ces jeunes filles comment faire des patrons. Je les forme pour qu’elles puissent avoir leur propre boutique elles aussi ! »
Les jeunes femmes du centre apprennent le métier avec des machines à coudre traditionnelles, car le centre n’a pas les moyens de payer du matériel neuf. Une fois la formation de deux ans effectuée, elles ouvrent leur boutique, mais peuvent venir frapper à la porte d’Aziz à n’importe quel moment si elles ont besoin d’aide ou ont trop de travail. « Elles m’apportent le boulot en trop et je le redistribue pour les aider, explique-t-il. Mais je suis sévère avec les filles qui ne veulent pas faire d’efforts et travailler ! »
Aujourd’hui, 72 femmes travaillent dans ce domaine à Azrou et dans les environs. Aziz est fier lorsqu’il voit aujourd’hui certaines d’entre elles gagner plus que leur mari.
Aider, ça n’a pas de prix
Avec son travail à la boutique et la formation des jeunes filles au centre, Aziz est surmené. « Je travaille beaucoup. J’emmène même mes enfants avec moi parfois. Ma femme n’arrête pas de me dire que j’en fais beaucoup trop, que je devrais parfois penser à moi plus qu’aux autres… »
Cet énorme dévouement pour les autres est toutefois reconnu et encouragé par tous les artisans, même les hommes. « Les hommes me disent « Aziz comment tu fais pour tout faire on ne pourrait pas faire ça. C’est bien ce que tu fais pour les femmes » ».
Mais à force de penser plus aux autres qu’à lui, Aziz ne gagne pas sa vie comme il le devrait. « Je ne me préoccupe pas de l’argent et pourtant nous en avons besoin. Mais, niveau relations humaines, je gagne beaucoup plus qu’un fonctionnaire ! […] Je suis fier de voir que je joue un grand rôle dans la vie de certaines jeunes filles. » Pour Aziz définitivement, ce n’est pas l’argent qui fait le bonheur…
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