Devine qui vient dîner ce soir ?
31/01/2007 14:39Thibault ROY
Le poisson rouge est un animal remarquable. Sa mémoire est de courte durée, il n'a pas conscience de faire plusieurs fois par jour le tour de son bocal. Le sondeur est semblable au poisson rouge dans son bocal : il oublie très vite. Il oublie très vite qu'il annonçait un duel Jospin-Chirac au soir du 21 avril. Sans prévoir un seul moment qu'une tierce personne ne s'inviterait à bouffer au traditionnel banquet de la République. C'était il y a, à peine cinq ans. Autrement dit un millénaire pour un poisson rouge... Aujourd'hui, c'est tout naturellement que notre sondeur recommence ses erreurs du passé : il saute l'entrée et va directement se farcir le dessert. Il annonce, un duel au second tour Ségo-Sarko à 48-52, tantôt pour l'un tantôt pour l'autre. Le sondeur est un animal remarquable vous dis-je. Pourtant, cette fois-ci j'aurais tendance à croire le pronostic de nos chers enquêteurs. A la question « Devine qui vient dîner ce soir » j'ai envie de répondre : personne.
Et si cette élection ne réservait aucune surprise ? Si le scrutin du 22 avril était déjà joué, nous renvoyant à un duel annoncé : Royal vs Sarkozy ? Vous me direz : « tant mieux, pas de Le Pen au second tour, la démocratie sauvée, pas de vote « contre », que des votes « pour » (pour l'un ou l'autre des deux candidats puisque le «ni l'un, ni l'autre, je vote blanc ! » est jumelé avec le « vous m'emmerdez avec vos élections, le dimanche c'est pêche ») Vous êtes des personnes sages, de bons démocrates, je vous félicite. Eh oui, pourquoi cette élection nous réserverait-elle une surprise ? Nous l'avons vu avec le vote interne du PS. Ségolène Royal était donnée favorite de tous les sondages. Bon quelques jours avant le scrutin, on a senti un fléchissement côté Poitou. On a même entendu des personnes dire qu'il pourrait y avoir un second tour face à DSK... résultat. Pas de surprise : Ségo à 60%, une tornade, un raz de marée ! Et les sondeurs de fanfaronner : on l'avait dit !
Que seraient les surprises de cette Présidentielle ? Chirac qui se présente et barre la route de Nicolas, Jean-Marie Le Pen qui ne réussit pas (réellement) à avoir ces 500 signatures, Bayrou qui l'emporte au second tour face à José Bové ? Soyons sérieux. Voyez Nicolas Hulot. Qui aurait parié sur sa candidature à part les jeunes à cheveux longs et baskets qui ne regardaient pas Ushuaia ? La seule surprise dans l'annonce de sa non candidature a été la mort de l'abbé Pierre.
Pas de surprise donc. Chirac laissera bien la place à Sarkozy, Le Pen n'ira pas au second tour mais sera créditer d'un musculeux et turgescent 16%, Ségolène arrivera en tête au premier tour, elle aura rassembler la gauche laissant les Buffet, Voynet, Besancenot et Laguiller (Bové – qui sans surprise encore une fois annoncera sa candidature jeudi – n'arrivant pas à avoir ses 500 signatures) sur le carreau. Un rassemblement que Ségolène – ne nous le cachons pas – aura fait à son insu, un rassemblement de circonstance de « gauchos » qui ne veulent pas d'un second 21 avril. Une masse de traumatisés qui se repassent sans cesse, depuis 5 ans, le moment ultime où le bulletin frappé du sceau « Chirac » glissa dans l'enveloppe, l'enveloppe dans l'urne et l'urne dans le caniveau. Et Sarkozy dans tout ça ? Deuxième, Sarko, deuxième ! Touché mais pas abattu, loin de là. Il remportera le second tour, grâce à l'électorat de l'extrême droite et à Bayrou qui aura clamé, des mois durant, son hostilité au patron de l'UMP mais qui, devant la menace « socialo communiste » que représente... Ségolène Royal (oui, bon mais mettez-vous dans la tête d'un centriste que diable !) aura le courage de rallier le camp des honnêtes gens, le camp des gentils, le camp de la rupture mais tranquille, douillette la rupture s'il vous plaît ! (Le centriste aime le confort, il ne se voit pas courir devant un char soviétique même si celui-ci est rouillé depuis 25 ans...)
Pas de surprise, donc, pas d'invité de dernière minute. En fin de compte, la vraie question de cette Présidentielle ne serait pas « devine qui vient dîner », mais bien « qu'est-ce qu'on mange ce soir ? »
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