Descendants d'empereurs
28/12/2002 02:27Eddy Petit
De 1802 à 1945, la dynastie des Nguyên a vu se succéder treize empereurs sur le trône du Vietnam. Hué, leur capitale, abrite encore aujourd’hui leurs descendants, devenus certes des gens ordinaires, mais qui cultivent le souvenir d’une histoire familiale extraordinaire...
De concert avec l’histoire
« Mes ancêtres remontent au dixième siècle, époque à laquelle le Vietnam devint indépendant. » souligne fièrement Ton That Hanh, le représentant officiel de la famille Nguyên. La particule « Ton That » devant son nom indique qu’il descend des seigneurs Nguyên, ceux qui, dès les XVIIe et XVIIIe siècles, c’est-à-dire avant la fondation de la dynastie impériale, contrôlaient déjà le sud du Vietnam.
Aujourd'hui, les descendants des souverains n’ont aucun privilège d’aucune sorte. « Ils ont peut-être été plus malheureux que les autres, car la révolution est anti-féodale » compatit un ami de Ton That Hanh. « Leur seul privilège est qu’ils ont pu s’instruire » ajoute-t-il. Après des études secondaires à Dalat dans le sud du Vietnam, Ton That Hanh a ainsi fait des études de chimie en France, pendant huit ans.
Sans privilège mais pas sans devoir :
« Le devoir du conseil de famille est de perpétuer le culte des ancêtres »
, explique le descendant des Nguyên. En juin dernier, 600 personnes se sont ainsi réunies pour fêter le bicentenaire de la dynastie.
« A la période dite de la pure clarté, en avril , nous nettoyons les tombeaux. »
La famille s’occupe aussi de l’entretien des temples dans la citadelle de Hué, qui servent à honorer les premiers seigneurs Nguyên, Gia Long, le premier empereur, ainsi que son père et ses douze successeurs.
« J'appartiens à une famille nombreuse et prestigieuse qui a été de concert avec l’histoire » se félicite Ton That Hanh. A lui seul, Minh Mang (1820-1840), le deuxième empereur, a eu 78 fils et 64 filles, soit 142 enfants. « C’est la plus longue généalogie avec 32 générations » souligne-t-il. Et il le prouve en remplissant à toute allure des feuilles blanches de noms et de dates. Il connaît l’histoire de chacun par cœur : « L’empereur Thien Tui a régné de 1841 à 1847, puis ce fut Tu Duc, de 1847 à 1883, qui régnait lorsque les Français s’emparèrent de Danang en 1858. » Le destin de la famille Nguyên comporte son lot de malheur. En 1862, l’empereur Tu Duc se voit contraint de signer un traité cédant les trois provinces orientales de la Cochinchine, qui deviendra en 1867 une colonie française. Par la suite, les empereurs n’auront plus de réels pourvoir et échoueront dans leurs tentatives de rébellion. Lorsque Khai Dinh meurt en 1925, son fils, Bao Dai, a 12 ans et fait ses études en France. Sans pouvoir rien changer, il abdiquera en 1945 devant le Vietminh, emmené par Ho Chi Minh. « On ne lui a pas laissé le choix, il était trop jeune» conclut l’historien familial.
Buu Y, descendant direct de la famille royale, se trouve être l’oncle de Bao Dai, le dernier empereur, mort en 1997 et qui repose à Paris. Mais les deux hommes ne se connaissaient pas : «Je crois savoir que Bao Dai avait abandonné la vie princière et que sa dernière femme s'appelait Monique. » Même s’il se souvient dans son enfance avoir suivi les traditions familiales, ce fut « sans vraiment se rendre compte qu'elles étaient ancestrales et royales. » Pour lui ces « splendeurs du passé » ne signifient pas grand chose « car la plupart des descendants sont pauvres » . Dernier signe peut-être d’une noblesse passée, il s’est acheté un pousse-pousse qu’il fait conduire pour ses déplacements comme d’autres le feraient avec une limousine.
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