Des sacrés pouvoirs !

26/07/2008 22:22EddyMaroc

Officiellement, le Maroc est une monarchie constitutionnelle. Mais, d’après Driss Ksikes, journaliste à Tel Quel, elle serait « constitutionnelle dans les papiers, exécutive dans les actes et souvent absolue dans les esprits ». Comme le roi conserve le contrôle des principales décisions politiques en matière de sécurité, d'affaires islamiques, de défense et de politique extérieure, le gouvernement ne joue souvent que le rôle d'une figuration démocratique pour le régime. Le Roi possède en outre divers moyens d’action sur le Parlement. Il peut ainsi, selon l’article 27 de la constitution, dissoudre l’une ou les deux Chambres. L’article 28 l’autorise également à adresser des messages au Parlement qui ne peuvent faire l’objet d’aucun débat.

La ville de Meknès s'apprête à recevoir le RoiL'article 23 de la Constitution proclame que « la personne du Roi est inviolable et sacrée ». « Le problème avec cette sacralité, c’est le flou qui accompagne son interprétation », explique Mohamed El Ghazzi, journaliste au quotidien arabophone Alahdat Almaghribia. Sous le règne de feu Hassan II, la sacralité de la personne du Roi était identifiée à la stabilité du Maroc et toute atteinte était punie très sévèrement par de l’emprisonnement.L’idée subsiste que critiquer le roi équivaut à saper son autorité.

La constitution n’a pas changé, mais Mohamed VI semble vouloir l’appliquer moins brutalement. On peut lire des articles pour le moins impertinents vis-à-vis du pouvoir, mais, de temps à autre, des médias sont rappelés à l’ordre. Une parole de trop et c’est l’amende, la suspension voire le tribunal. La limite entre ce qui est permis et ce qui ne l’est pas n’est pas claire. Les sacralités sont suspendues, comme l’épée de Damoclès, au-dessus de la tête de chaque journaliste.

De temps à autre, le couperet, qui ne concerne pas que les journalistes, tombe. Des militants des droits de l’homme ont par exemple été inculpés d’atteinte aux sacralités à la suite de leur participation aux défilés du 1er mai 2007 et, en juin de la même année, la cour de Béni Mellal a condamné l’opposant Mohamed Bougrine, 72 ans, à un an de prison ferme pour « atteinte aux valeurs sacrées du Royaume ». Comme toujours avec le sacré, la question est bien de savoir jusqu’où on peut aller…

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