Des âmes de pierre

28/12/2002 02:27Hélène
A 40 ans, Nguyên Van Tuan a passé la moitié de son existence à casser des cailloux et les façonner, pour donner vie à des lions, des femmes ou des bouddhas de pierre… Dix heures par jour dans la poussière, sous un soleil de plomb : un métier dur, qui demande un courage d’homme.

A 40 ans, Nguyên Van Tuan a passé la moitié de son existence à casser des cailloux et les façonner, pour donner vie à des lions, des femmes ou des bouddhas de pierre… Dix heures par jour dans la poussière, sous un soleil de plomb : un métier dur, qui demande un courage d’homme.

Il faut cinq ans pour apprendre à sculpter un lion. Une expérience acquise par Van Tuan, qui achève une sculpture moyenne, d’un mètre de haut environ, en un mois seulement. Van Tuan est tailleur de pierre, une profession qui ne se décline jamais au féminin : « on ne fait pas ça quand on est une femme, il faut être fort et habile », explique le quadragénaire.


Les femmes ne chôment pas pour autant : elles sont chargées de polir les œuvres encore brutes au sortir du burin des hommes. Il faut donc deux personnes par sculpture. Entamer le roc blanc, dans la poussière, sous un soleil cuisant, sans un souffle d’air, pour Van Tuan c’est une passion.
Il ne s’est jamais imaginé un autre destin. « Ici, c’est la tradition, confie-t-il, de père en fils. Mon père l’était avant moi, et mon grand-père avant lui. » Heureusement, pour ceux dont le père n’était pas tailleur de pierre, mais qui ont l’amour des cailloux et une vocation d’artiste, il existe une ouverture détournée pour accéder à cette profession très fermée. Ces jeunes gens peuvent se faire parrainer, et cela est d’autant plus facile s’ils sortent d’une université des arts…


Le salaire de Van Tuan oscille entre 30.000 et 40.000 dongs par jour, soit de 2 à 2,40 €. Pour acheter un lion dont il affirme ne pas connaître le prix, il faut compter 5 millions de dongs, soit 330 €, mais le prix se traduit le plus souvent en dollars, puisque les principaux clients sont américains.
Les tailleurs de pierre forment ainsi une petite communauté, installée dans un village où chaque maison est une boutique. Le site, Hao Han, est entouré de grottes et de collines, le « Paradis » et l’« Enfer », comme les ont surnommés les riverains, qui savent à quel point il est dur de dégrossir la pierre dans de telles conditions. L’endroit n’en est pas moins époustouflant et mystérieux, un éden pour touristes avertis.

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