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Déracinée...
28/12/2002 02:27Do
Le choc est brutal quand on a grandi dans la forêt, loin de la civilisation occidentale, et que l’on se retrouve tout à coup dans un pays où toutes les coutumes sont différentes des siennes ! C’est ce qui est arrivé à Sailyvia une jeune Malaisienne.
Quand on demande à Sailyvia si elle a eu du mal à apprendre le français, elle répond qu’elle ne se souvient pas : « Ça s’est fait naturellement je crois ». Pour Caroline, le problème ne se pose pas puisqu’elle avait seulement un an lorsque toute la famille est arrivée en France. Mais la maman semble néanmoins avoir rencontré quelques difficultés d’adaptation à notre mode de vie si différent de la vie dans la forêt. « C’est dur, la France, pour ma mère. On voudrait bien retourner en Malaisie mais pour mon père c’est « carton rouge ». Il risquerait la prison ou pire : la mort. Ce n’est pas nous qui faisons la loi, nous ne pouvons rien dire ! » avoue tristement Sailyvia en s’indignant contre le gouvernement malaisien.
Il est vrai que beaucoup d’injustices sont commises par les soldats qui abusent souvent de leur pouvoir, profitent de la pauvreté et du manque d’instruction des Penans. Il n’est pas rare qu’ils violent des jeunes filles sans que personne ne puisse rien dire !
A tout cela s’ajoute le problème de la traite des enfants en Malaisie qui est encore fréquent. Les plus pauvres vendent leurs enfants à des réseaux de prostitution ou d’esclavage… « Un jour, une vieille sorcière a même voulu m’acheter. Bien sûr, ma mère a refusé ! » déclare Sailyvia soulagée.
« La mentalité française est très différente de la nôtre. La plupart des Français pensent d’abord à eux, ensuite aux autres. Chez nous c’est différent, on partage tout. C’est la vie en communauté qui me manque le plus. Là-bas, en Malaisie, on joue dehors toute la journée, on se baigne, on partage tous nos repas, composés du fruit de la chasse, des cueillettes ou encore de la pêche de la journée. Le soir, les anciens nous racontent des histoires et on dort où on veut car on est tous unis et qu’on peut facilement changer d’habitation. C’est les vacances toute l’année et il fait quasiment toujours chaud. »
Sailyvia reconnaît tout de même qu’il y a certains aspects qu’elle aime particulièrement en France : les cinémas, les restaurants, les sorties avec les amis et les études plus sérieuses !
En Malaisie, l’école n’est pas obligatoire et les profs sont peu sérieux : « Il y en a même qui se marient avec des élèves, c’est trop bizarre ! De plus, les écoles sont loin du village. On doit donc rester à l’internat, loin de la famille, toute l’année scolaire. Mes études, je suis contente de les faire en France. »
Une nuit, en Malaisie, elle a participé à une manifestation avec son père. Les Penans organisent des mouvements pacifiques, ils bloquent des routes, dressent des barrages pour protester contre la déforestation. Elle avoue avoir eu très peur car les soldats étaient tout près et elle a entendu des coups de feu. « Mais j’étais fière de ce que je faisais. Ce que le gouvernement fait, c’est très mal. Il nous vole notre forêt ! La seule réserve qu’il garde c’est pour les singes ! On passe même après les animaux ! Mais cette forêt elle nous appartient ! »
Rappelons qu’au cours de ces vingt dernières années, 70% de la surface de la forêt pluviale du Sarawak a été abattue, alors qu’elle constitue l’essentiel des ressources directes des Penans !
Il en va donc de la survie de ce peuple, qui est tout de même constitué de 9.000 personnes mais dont seulement 250 à 300 continuent à vivre en nomades dans la forêt !
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