De la paperasse au petit écran
28/12/2002 02:27Elodie Raitière
Café La Place, en face de la cathédrale. C’est dans un petit restaurant « classe », mais sans prétention, de la capitale, que Dao Thanh Huyen nous a donné rendez-vous. Actuellement « chargée de mission » pour l’Ecole Supérieure de Journalisme (ESJ) de Lille, elle a travaillé pendant six ans pour le journal en français de VTV1, la chaîne nationale d’information vietnamienne.
Café La Place, en face de la cathédrale. C’est dans un petit restaurant « classe », mais sans prétention, de la capitale, que Dao Thanh Huyen nous a donné rendez-vous. Actuellement « chargée de mission » pour l’Ecole Supérieure de Journalisme (ESJ) de Lille, elle a travaillé pendant six ans pour le journal en français de VTV1, la chaîne nationale d’information vietnamienne.
Par une chaude et humide soirée de juillet, alors que les margouillats courent au plafond et que les motos-taxis klaxonnent à cœur joie dans les rues de Hanoi, Huyen nous livre son aventure journalistique. La jeune cadre élégante d’une trentaine d’années est arrivée à ce métier tout à fait par hasard. En 1992, alors qu’elle travaille comme secrétaire dans un centre un centre de formation franco-vietnamien, elle a apprend que la chaîne nationale d’information recherche des francophones pour créer un journal en français. La diplômée de l’Ecole Normale Supérieure de langue, tente alors le concours, lassée par son chef . « C’est pendant les trois mois qui ont précédé le lancement du journal que j’ai commencé à me passionner pour le journalisme. » assure-t-elle. « Je pense que nous avons tous été contaminés par la passion qui animait les journalistes français venus nous formés. » Puis le grand jour arriva : le 14 juillet 1993, le premier journal tout en images et en français fait son apparition sur les écrans de VTV1. « Il n’avait rien à voir avec les produits que proposait la télé à l’époque : il était innovant dans sa manière d’aborder l’information mais aussi par la technique mise en œuvre. »
Cette technique, elle a eut l’occasion de la perfectionner lors de ses deux ans de formations à l’ESJ de Lille. Bien qu’elle ait réussi le concours de 1994, elle a retardé son départ d’un an pour aider ses collègues du journal, fraîchement lancé. En plus d’avoir beaucoup appris sur les techniques du journalisme, la jeune femme sûrement un peu changé aussi, au contact des étudiants français. Trop, pour certains de ses collègues qui la trouvaient un peu trop « occidentalisée » : « Je suis allée un matin au journal avec un chemisier sans manche (ce qui était encore osé à l’époque pour un établissement étatique), sans aucune intention de heurter, mais certains ont été choqués ».
Heureusement le VIIe Sommet de la Francophonie qui s’est tenu au Vietnam en 1997 a permis « un atterrissage en douceur », lui permettant d’appliquer ce qu’elle avait appris à l’école sans être trop handicapée par ses lacunes sur l’actualité vietnamienne. C’était aussi une excellente occasion pour l’équipe de mieux s’organiser. Ne pouvant réaliser son rêve de « camerawoman » (être une jeune femme et porter la caméra à l’épaule alors qu’elle avait fait des études à l’étranger semblait absurde) , elle se contentât d’un poste au « desk » : traduire et adapter l’information provenant de chaînes vietnamiennes ou francophones, puis de les présenter à l’antenne.
« J’ai quitté la télévision en 1999 pour me consacrer à la formation des journalistes. Je m’occupe maintenant d’organiser 12 à 15 stages de formation continue par an pour les ceux qui n’ont pas eu la chance de faire une école. » Elle fait le lien entre l’ambassade de France qui finance ce projet, l’ESJ qui propose le contenu, et l’association des journalistes vietnamiens qui sélectionne les participants. C’est sa façon à elle d’aider une presse qu’elle dit en pleine mutation. « Il y a des journalistes qui ont enfin réussi à vaincre leurs hésitations : ils ont arrêté de se dire qu’il ne fallait pas diffuser telle ou telle chose sous prétexte que ça pourrait déplaire à leur supérieurs. Ça a fait boule de neige et c’est comme ça que la presse a progressé et continuera de le faire. »
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