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De la bête à la babouche, les peaux font leur petit bonhomme de chemin
23/05/2008 06:35Camille GrosMarrakech
Depuis le Moyen âge, dit-on, le quartier de Daoudiate, à Marrakech, abrite les tanneries, étape incontournable pour le traitement des peaux de bêtes. De l’abattoir à l’atelier qui leur donnera leur utilité, les peaux suivent un cursus très particulier.
Passées les portes du quartier de « Daoudiate », où se trouvent les tanneries, une forte odeur submerge chaque passant. Les plus avisés auront d'ailleurs prévu quelques brins de menthe parfumée pour camoufler les effluves. Mais, avant de pénétrer dans le monde de la tannerie, les peaux de chèvre, mouton, vache et chameau sont passées par les abattoirs où les animaux ont été dépecés. Les équarrisseurs, pour qui les peaux sont un salaire, les entreposent au souk des tanneurs lorsqu’elles sortent de l’abattoir de Marrakech ou d’ailleurs. Les peaux proviennent le plus fréquemment de la région de Marrakech, mais aussi d’Essaouira ou des montagnes où vivent les Berbères, c'est-à-dire l’Atlas.
Pendant, deux mois environ, elles restent entreposées dans le souk avec comme traitement l’eau, le séchage et le sel, qui évite les moisissures et fait office de solidifiant lorsqu’elles devront être transportées. En effet, au bout de ce laps de temps, elles partent pour Marrakech ou pour Fès, cette dernière ne traitant que les plus belles pièces. « Même s'il y a des trous dans la peau, les tanneurs de Marrakech savent les reboucher. À Fès non », explique l’un des hommes préparant les peaux sur le souk. Chaque peau coûte entre 15 et 20 dirhams sauf pour celles de chèvre qui sont vendues par lots de six pièces et dont le prix varie entre 150 et 200 dirhams.
Pour une peau : 5 étapes et 20 jours
À Marrakech, les peaux sont réparties dans 17 tanneries. « Il existe différents tanneurs : les Arabes et les Berbères », explique l’un des guides qui dévoile les secrets de la tannerie aux touristes. Les petites peaux, comme la chèvre et le mouton, sont envoyées dans les tanneries arabes tandis que les grandes peaux, celles de vache et d'agneau, partent côté berbère. Le traitement, effectué uniquement par des hommes, se déroule sur une vingtaine de jours et se divise en cinq étapes identiques, quelle que soit la taille de la peau.
La première sert à faire disparaître la pilosité naturelle des peaux. Elles sont plongées dans un mélange chimique, « le poisau » qui fait se décoller les poils. Ensuite, lorsque l'on peut les enlever facilement, un homme frotte les peaux pour tout faire disparaître. « Tout est gardé, explique le guide. Même les poils sont mis de côté pour que les femmes confectionnent des tapis, des djellabas. »
Le second bassin est à base de chaux. Elle fait gonfler la peau et permet d'enlever ce qu'il y a en trop afin de la rendre la plus fine possible, pour la fabrication des sacs à main par exemple. Pour que les peaux soient suffisamment imbibées de chaux, elles sont totalement immergées et les hommes vont dans les bassins pour les battre avec les pieds. « Les hommes que vous voyez portent des protections, des grandes bottes, précise le guide. Elles ne sont obligatoires que depuis un ou deux ans. Avant cela, ils plongeaient jambes nues dans un liquide brûlant la peau ! »
Lorsque les pièces sont sorties des bassins et séchées, des hommes, installés dans des ateliers, passent sur la peau une grande râpe pour enlever tout le résidu, ce qui rend la peau fine et douce. Ensuite, les peaux trempent pendant un ou deux jours dans de la fiente de pigeon qui répand une odeur très forte, mais à qui on donne la propriété de l'ammoniaque qui assouplit ce qui deviendra du cuir. Suite à ce bassin très odorant, c'est au tour du bassin de son de blé de recevoir pendant quatre ou cinq jours les peaux de bêtes. Son unique but est d'enlever les odeurs laissées par les fientes de pigeon.
Tout au naturel
La dernière étape est le bassin de mimosa qui « donne la teinte naturelle marron aux peaux », explique encore le guide. « Ce n'est qu’ensuite qu'on donne les autres couleurs aux peaux en les trempant dans du safran par exemple pour obtenir du jaune. » Un marchand du quartier explique : « Tous les colorants sont naturels. On utilise le coquelicot pour le rouge, les racines de safran et l'écorce de grenadine pour le jaune, l'indigo bleu pour le bleu, la cannelle pour le marron, le henné pour l’orange, le basilic pour le vert. Mais on peut aussi mélanger les couleurs… »
Suivant leur taille et leur provenance, les peaux seront vendues à des prix différents. Ainsi, la peau de chameau se vendra plus chère que la peau de chèvre ou de mouton, car elle est plus rare et que le prix d’un chameau vivant est beaucoup plus élevé que celui d’un mouton ou d’une chèvre.
Le traitement d’une peau depuis son passage au souk jusqu'à son exposition sur l'étalage des marchands peut prendre jusqu'à quatre mois. Quatre mois au cours desquels elle sera passée par les mains de dizaine d'artisans pour finir en pouf dans le salon, en babouches ou en sac à main.
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3Souk des tanneurs de Marrakech
4Peau souk des tanneurs de Marrakech
5Peaux au souk des tanneurs de marrakech...elles y restent entreposées 2 mois avant d'être traitées
6Au souk des tanneurs, les peaux sont traitées au sel qui évitent les moisisssures
7Souk des tanneurs - Le sel permet aussi la solidification des peaux
8Plaque indiquant l'entrée d'une des 17 tanneries de Marrakech
9Vue d'ensemble d'une des 17 tanneries de Marrakech
10Premier traitement enlever les poils
11Les peaux plongées dans un mélange chimique vont perdre leurs poils
12Travail pénible. Depuis 2 ans le port des bottes est obligatoire
13Des gants, protection récente, pour éviter les contacts directs
14Grande râpe pour enlever tout le résidu après le traitement à la chaux
15Travail final...rendre les peaux douces et fines
16E attente de transformation : babouche, sacs...
17Peaux finies en train de sécher
18Poufs, les colorants sont naturels
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