De Belgrade à Bucarest : l’onde de choc de l’indépendance du Kosovo
17/03/2008 08:36Bianca Nicoara
L’ex région serbe du Kosovo est devenue depuis le 17 février, date de la proclamation unilatérale de son indépendance, le hot-spot de la planète. Il y a tous les ingrédients : les grandes puissances comme les États-Unis, l’Union Européenne ou la Russie, la violence et les protestations mais surtout la presse qui n’arrête point de spéculer et de faire des scénarios. Ca rappelle le Darfour ? Un peu peut-être… avec toutes les forces du maintien de la paix du KFOR ou de la UELEX. Mais le Darfour c’est tout autre chose.
Concernant le Kosovo on parle de l’instauration d’un précédent. Ce qui se passe dans les Balkans à l’heure actuelle pourrait être un modèle donc c’est pour l’instant de la pure originalité.
Il faut pourtant s’interroger sur la pertinence du soit dit précédent que le Kosovo instaurerait. Sans doute cette région est unique. Ce sont des États encore jeunes du point de vue de la pratique démocratique car il ne faut pas oublier que les dernières guerres d’Europe se sont déroulées dans les Balkans. Et de surcroît elles étaient des guerres ethniques. Les souvenirs sont récents et ce qui est plus est que cette haine identitaire date depuis des siècles et si c’est Milosevic qui l’a menée à l’apogée avec ses massacres, sa période ne marque point le début de ce différend. Cette haine est un trait des nations des Balkans qui les a toujours divisées. Même si toutes ces nations parlent des langues ayant des sources communes et ce qui les fait très ressemblantes, la religion, le nationalisme et les persécutions et crimes qu’elles ont subis de la part des voisins les ont transformées en ennemis. Si l’hystérie est toujours présente preuve est cette indépendance inutile faite dans une logique de punitions tardive de la Serbie et de vengeance pour les humiliations souffertes.
Dans ces conditions le leitmotiv du précédent kosovar peut-il être pertinent, même viable un jour pour une autre région du globe mouvementée par des conflits entre minorités frustrées et éventuellement persécutées et la population majoritaire ?
En apparence il serait difficile de trouver une situation similaire. Néanmoins, pour qu’un précédent puisse être invoqué il n’y a nulle part une définition de ce qu’une similitude entre les situations implique et non plus du degré de cette similitude.
La minorité hongroise de Transylvanie sait très bien cela. La région Ouest de la Roumanie, puisqu’elle a fait pendant longtemps partie de l’Empire Austro-hongrois est habitée par une forte minorité hongroise qui a toujours fait des pressions pour l’autonomie… culturelle et administrative pour l’instant. Et la similitude s’arrête là, car la Roumanie reconnaît à cette minorité des droits étendues comme ceux d’étudier dans leur propre langue, la liberté de leur religion qui est le protestantisme la majorité des Roumains étant orthodoxes, la liberté de la presse dans leur propre langue, la liberté d’élire et de se faire élire.
Cette situation est reconnue aussi par Andra, 24 ans, étudiante à la faculté d’Etudes européennes « je ne pense pas que ces deux problèmes soient ressemblants mais je pense qu’il y a un précédent clair qui s’est créé dont ceux de Harghita, Covasna et Mures (les départements majoritairement hongrois) peuvent profiter pour demander l’autonomie qui peut mener vers l’indépendance. »
Dans les circonstances actuelles, les Hongrois ne peuvent point invoquer des persécutions et des discriminations de la part de la population majoritaire même si les chicanes et les attaques verbales, surtout sur la scène politique n’ont jamais fait défaut. D’ailleurs c’est la vie politique qui apporte la preuve la plus parlante concernant le statut de la minorité hongroise de Roumanie : leur unique parti jusqu’à récemment, l’UDMR (Union démocrate des Magyars de Roumanie) a fait parti du Gouvernement de manière constante depuis la chute du communisme en 1987 jusqu’à présent.
Alors si leur situation en tant que minorité peut être qualifiée d’enviable on peut se demander ce que des représentants magyars faisaient à Pristina le jour de l’indépendance du Kosovo ou bien quel est le véritable but des manifestations dites « de solidarité avec le Kosovo » organisées dans les départements où les Magyars sont majoritaires ? Il faut aussi noter que l’UDMR est le seul parti roumain qui ne s’est pas plié sur la position officielle roumaine de refus de reconnaître l’indépendance de la province serbe. Est-ce que cela fût une simple manœuvre politique en vue des élections parlementaires qui approchent (à une date incertaine mais prévues avec certitude pour cette année) ou les leaders magyars visent quelque chose de plus qu’une nouvelle présence dans le Parlement ? La situation à Bucarest s’apparente à une crise politique surtout après que le premier ministre Popescu-Tariceanu a déclaré que l’UDMR devrait sortir du Gouvernement après la position prise sur la situation au Kosovo. On parle même d’une éventuelle motion de censure déclenchée par l’opposition sous prétexte de manque de cohérence de l’équipe gouvernementale. En Roumanie, la situation de Belgrade ou bien de Pristina s’est répercutée de manière visible engendrant une situation tendue entre les divers acteurs de la classe politique. En manque de définition plus claire du concept de précédent, toute minorité ou toute région aux tendances séparatistes pourrait bien instrumentaliser le Kosovo pour ses propres intérêts.
Ceux de la minorité magyare de Roumanie seraient simples, selon Ioan Campean, 52 ans, audite au Conseil départemental de Cluj-Napoca, une des grandes villes de la Transylvanie « avec l’espace Schengen (que la Roumanie espère intégrer dans quelques années) il n’y a pas de question d’indépendance pour les départements majoritairement hongrois ; tout ce qu’ils veulent est plus d’autonomie vis-à-vis du centre, plus de pouvoir de décision dans les problèmes qui les concernent. A ne pas confondre avec l’indépendance de la Roumanie »
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