Cordonniers : intouchables mais indispensables
14/09/2007 16:47Bharati Mishra, Harjeet Jhans
Bombay, capitale économique de l'Inde. Un abri pour les laissés-pour-compte qui occupent la chaussée comme espace de travail. Les mochi, les cordonniers, recousent, réparent, cirent les chaussures. Ils sont installés à même le sol, dans toutes les rues de la mégalopole. Ils arrivent pour la plupart de la campagne : ce sont des dalits
Bombay, capitale économique de l'Inde. Un abri pour les laissés-pour-compte qui occupent la chaussée comme espace de travail. Les mochi, les cordonniers, recousent, réparent, cirent les chaussures. Ils sont installés à même le sol, dans toutes les rues de la mégalopole. Ils arrivent pour la plupart de la campagne : ce sont des dalits (NDLR : les basses castes).
Anand Tukaram Ingle, 35 ans, installé dans le même coin de rue depuis 23 ans, ce coin-même où sont père officiait avant lui, vit dans la banlieue de Bombay. Il travaille sans cesse pour s'occuper au mieux de sa femme et de ses 2 enfants. « Je ne veux pas que mon fils endure la même vie que moi. J'ai honte, j'ai l'impression de vivre à côté de la société. La majorité des passants me traite comme un domestique ou comme un objet leur appartenant. Je ne suis rien. » Et pour lutter, il travaille tous les jours afin de pouvoir envoyer ses enfants dans des écoles de langue anglaise.
Photo « 3- Un cordonnier au coin de la rue avec ses outils de réparation bien organisés» : A 65 ans, Shrirang Arjun Bobade est fidèle à son poste de travail, le long d'une rue commerçante du Sud de Bombay depuis 19 ans. Auparavant, il travaillait dans une entreprise. Aujourd'hui doté d'une longue barbe blanche qui dissimule une bonne partie de son visage, laissant juste apparaître un regard usé par le temps, il regrette avec amertume le comportement de ses enfants. « Maintenant qu'ils se sont mariés, ils ne veulent plus s'occuper de moi. Je gagne peu et maintenant que la mousson arrive, ça va être encore pire. » Agacé par les questions, il se remet au travail afin d'accumuler son pécule quotidien qui dépasse rarement les 150 roupies par jour.
Arrivé du sud de l'Inde il y a sept ans avec ses parents et ses sept frères et sœurs, S.Ramsudhir est aujourd'hui âgé de 28 ans. Il est ravi de travailler à proximité de Churchgate, la gare centrale de Bombay qui brasse des millions de gens chaque jour : « c'est bien ici, au moins j'ai du travail tous les jours ». Son voisin, jeune et avenant, habite seul et n'envoie pas d'argent à sa famille. Il dépense ses gains quotidiens dans les bars avec ses amis et revient chaque jour travailler à Churchgate, selon lui le « meilleur endroit en Inde pour regarder les plus belles filles et leur toucher les pieds... »
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Photos : Harjeet Jhans
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