Comme un petit mai 1968 ?

12/11/2005 10:50Jérémy PINTOLe Creusot
Jeudi 27 octobre 2005, à Clichy-sous-bois, deux jeunes sont morts électrocutés après avoir pénétré dans un transformateur EDF, se croyant alors poursuivis par la police. Dans la journée de dimanche qui a suivi, une bombe lacrymogène a été lancée aux abords d'une mosquée de la ville. La colère monte, la banlieu s'embrase... A qui la faute...? Que faire devant ce grave problème de non intégration des habitants de banlieu, problème qui dure depuis plus de trente ans

Billet d'humeur – Parti pris :

Face à la crise que les banlieues traversent aujourd'hui, et par là même toute la France, il est normal de réagir. Retraçons d'abord une petite chronologie des évènements. Jeudi 27 octobre 2005, deux jeunes sont morts électrocutés après avoir pénétré dans un transformateur EDF, se croyant alors poursuivis par la police. Les jours d'après, la colère monte à Clichy-sous-bois, ville où a eu lieu cet incident, puisqu'aucune véritable réponse est apportée par le gouvernement. Mais un tout autre élément va vraiment déclencher les émeutes car dans la journée de dimanche qui a suivi, une bombe lacrymogène a été lancée aux abords d'une mosquée. Ce fait est intolérable mais les réactions qui en suivirent en furent d'autant plus. En effet, tout d'abord : « Cette bombe lacrymogène appartient à la police... » confirma le ministre de l'Intérieur, qui s'empressa de rajouter : « ...mais nous ne savons pas si ce sont des policiers qui l'ont lancé. » Le problème majeur réside dans cet événement. M.Sarkozy aura simplement dû condamner le fait et ne pas ajouter d'autres paroles qui peuvent être perçues comme provocantes. La phrase du ministre d'État est incompréhensible ; c'est comme si on avançait : « Effectivement, des pierres ont été lancées contre les CRS, mais on ne sait pas si ce sont les émeutiers qui les ont lancés ! ». C'est ridicule. La tension est alors à son maximum et les cités s'embrasent actuellement toutes les nuits. Les appels à la fermeté du gouvernement n'y changeront rien. De plus les incidents ne se cantonnent plus à la région parisienne mais s'étendent maintenant dans toute la France. La Bourgogne est également touchée : par exemple, dans la nuit de samedi 5 novembre à dimanche, cinq bus ont été la proie d'incendies, manifestement volontaires, à Montceau-les-Mines.

Un échec de la politique menée pour les banlieues depuis 30 ans.

Il faut reconnaître que la droite et la gauche sont toutes deux responsables de la situation actuelle. Cependant, depuis trois ans, la situation ne fait que se dégrader. Les trois derniers gouvernements qui se sont succédés n'ont cessé de détricoter tous les acquis des années précédents, et ce en ne faisant qu'empirer les choses. La police de proximité a été supprimée dans ces quartiers difficiles, alors qu'un travail de longue haleine, reposant sur la confiance et le respect avait été entamé et basé sur l'axe ‘'prévention - dissuasion - répression''. Aujourd'hui, les cars de CRS sont postés en plein cœur des cités, où les policiers soupçonnent davantage les visages aux couleurs beur ou noire : les contrôles d'identités sont omniprésents pour eux, alors que les visages blancs eux, ne sont guère inquiétés... Cette situation ne peut pas être vivable. Par son attitude provocante et provocatrice, M.Sarkozy est à l'origine d'un véritable brasier, de plus en plus difficile à contrôler.

Un petit mai 1968 ?

La crise peut être comparée à mai 1968 : révolte d'une partie de la jeunesse, aspiration à plus de liberté, d'égalité, un chef de l'État sur le départ... Mais aussi et l'on peut s'en rendre compte davantage aujourd'hui : un État qui ne sait que réprimander, imposer, ordonner. Cependant la contestation ne prend qu'une ampleur marginale, du fait justement, qu'elle est menée par les populations des banlieues et surtout que les manifestations n'ont rien de pacifistes... Comment résoudre ce problème qui devient très urgent ? La phrase de Mitterrand en 1990, devenue célèbre, nous fait prendre conscience de bon nombre de problèmes : « Que peut espérer un être jeune qui naît dans un quartier sans âme, qui vit dans un immeuble laid, entouré d'autres laideurs, de murs gris sur un paysage gris pour une vie grise, avec tout autour une société qui préfère détourner le regard et n'intervient que lorsqu'il faut se fâcher, interdire ? ». Ce que les jeunes demandent, en leur grande majorité, ce n'est pas de devenir des ‘'voyous'' ou de la ‘'racaille'', non ! Ils aspirent en fait à un vrai projet d'avenir générateur d'emplois, de conditions de vie décentes, d'égalité des chances... Cette perspective devient plus que pressante. La politique actuelle de M.Sarkozy, basée sur la répression uniquement ne mène à rien. Et quand la société sera vraiment guidée par un discours politique ne prônant pas l'exclusion mais au contraire l'ouverture, ne favorisant pas les actes racistes mais par opposé la tolérance, l'intégration, alors à ce moment-là, la principale partie du problème sera réglée. Si nous ne réagissons pas à l'attitude non seulement provocatrice du gouvernement mais aussi calculatrice, policière et populiste, nous nous redirigerons tout droit vers un nouveau 21 avril 2002. Aujourd'hui la pratique politique n'a plus de limites dans l'atteinte des individus alors qu'elle devrait à l'inverse être présente pour défendre nos libertés. Le populisme rampe aujourd'hui parmi nous. De plus en plus de Français ‘'de souche'' sont favorables au durcissement de la répression, ils avouent plus ou moins leur rejet des Arabes, des Turcs, des noirs, des juifs... Mais la peur n'est-elle pas plus ancrée derrière ces populations étrangères jamais admises depuis des années parmi nous ? Comme la dit Jack Lang : « Faut-il être blanc, français, catholique, pour être seul à ressentir la peur et être du côte du bien, de la justice et de l'intelligence ? ». L'opinion doit être alertée sur la crise qui touche aujourd'hui en profondeur la France. Les droits de l'homme se tiennent péniblement mal en point dans notre pays, les plus riches n'ont aucun souci de la solidarité, l'individualisme réduit la richesse de la France, la même France qui a été en pointe dans tous ces domaines pendant des siècles. La vraie question qui nous ruine aujourd'hui est celle du racisme. Je suis de nature optimiste et je ne m'abandonne pas au défaitisme, mais la France ne pourra jamais se redresser sur des bases qui surgissent actuellement comme l'exclusion, le racisme, l'intolérance... Le gouvernement actuel est incapable de répondre aux nouvelles attentes du peuple. Un vent nouveau doit souffler sur la France, une France où les Français noirs, beurs, jaunes, blancs seront assurés d'avoir un bon logement, un emploi stable, une école de qualité, où les relations entre individus seront privilégiées, où les Français auront à nouveau confiance en leur pays par le biais d'une démocratie restaurée, par des institutions changées. C'est le vrai défi des politiques pour que la politique retrouve sa noblesse d'antan et pour que notre pays puisse vivre paisiblement, résolument dans la modernité mais surtout dans la liberté, l'égalité et la fraternité.

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