Climat à fort tempérament

21/08/2009 22:33Alexandre MathisLa Réunion
Encombrée de microclimats propres à l’île, la prévision météo à la Réunion se révèle un véritable casse-tête. D’autant plus en période de cyclones, où le déluge guette en permanence.

 

Patrick Caroff, dans son bureau.
Patrick Caroff, dans son bureau.

« De toute façon, la météo se trompe tout le temps. » Cet adage populaire s’avère encore plus fondé à la Réunion qu’en métropole. « Les prévisions sont presque impossibles à plus de 24 heures, s’explique Philippe Caroff, responsable de la division cyclone à Météo France Réunion. Il peut faire beau à St-Denis et pleuvoir des cordes trente kilomètres au Sud. Dans toutes les zones tropicales, le temps est plus capricieux qu’en région tempérée. Ajoutez qu’ici, le relief crée des microclimats et vous comprenez la difficulté de l’exercice. » En hiver (pendant l’été de l’hémisphère Nord), les conditions globales demeurent relativement stables à l’échelle de l’océan Indien. Les anticyclones ne bougent guère, seuls les alizés apportent des perturbations par la côte Est, côté volcan. Les températures varient en plaine entre 10 et 25 °C. Pas trop rude comme hiver, sauf aux sommets, où le mercure descend en dessous de 0° la nuit.

 

Un œil sur le cyclone

 

Cette zone de l'océan Indien est très fortement soumise aux cyclones.« La période estivale, de décembre à avril, est plus instable, avec de basses pressions qui s’installent. C’est à ce moment que le risque cyclonique existe, poursuit Philippe Caroff. Chaque année, environ neuf tempêtes s’avèrent potentiellement dangereuses. Mon rôle est justement de surveiller d’éventuelles menaces de vents violents et le cas échéant de prévenir la presse et le préfet. » Les cyclones de l’océan Indien trouvent leur source jusqu’en Sibérie, où les alizés, froids et secs, descendent vers l’Équateur. Là, ils se chargent en chaleur et en eau. Par un mécanisme complexe, cette dépression tropicale rencontre des vents contraires. Ainsi naissent les cyclones. « En général, ils passent sur Madagascar et se vident, ne nous laissant que des vents moindres, mais il est fréquent qu’ils arrivent jusqu’à nous. La Réunion est le DOM le plus exposé aux risques cycloniques ! », avertit le spécialiste de Météo France. Derniers cas d’envergure : Gamède en 2007, où il fit 2 morts et surtout Dina en 2002, avec des rafales de vent à 250 km/h et l’œil qui passa tout près des côtes.

 

Quand un tel danger approche, Philippe Caroff alerte les autorités. Trois agents surveillent, en permanence, jour et nuit, le trajet du déluge à venir. « Les appareils actuels sont trop peu précis. Avec une marge d’erreur de 200 km incompressible, il est impossible d’être sûr de l’évolution des trajectoires à plus de 12 heures. » Afin de contrer toute catastrophe, Météo France a mis en place un système d’alerte. Jaune quand le danger est loin, orange quand un cyclone peut arriver dans les 72 heures et rouge quand ce dernier atteint les côtes. Le préfet décide alors un black-out total. Écoles fermées, aéroports morts, habitants cloîtrés chez eux, l’île devient région fantôme. Un système efficace qui a fait école : la métropole a repris cette méthode de couleurs par niveau d’alerte depuis la tempête de 1999.

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