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Les aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec : gueule de bois
01/05/2010 16:56Alexandre MathisCritique Ciné
Adaptation fainéante et sans saveur de la BD de Tardi, Adèle Blanc-Sec nous prouve bel et bien que Besson n'en a rien à faire de ses projets.
Étrange rencontre que de voir Luc Besson, spécimen droitiste ultra-libéral adapter la bande-dessinée de Tardi, sorte d'anarchiste déjanté et bougon. Le premier maitrise sa communication, paraît omniprésent, le second, plus discret, s'est surtout fait un nom dans le milieu par son talent. Adèle Blanc-sec, femme résolument moderne du début du XXème siècle, est une sorte de Tintin parisienne, aux aventures à la Indianna Jones. Du grand spectacle, des personnages calibrés, parfait pour Sieur Besson qui s'est jeté la tête la première. Alors comment expliquer le bide retentissent. Et bien peut-être déjà parce que Besson, largement surestimé, ne peut prétendre au statut de grand réalisateur. On pourra toujours me rétorquer que Léon, Le Grand Bleu ou Nikita étaient de bonnes facture et ça serait vrai, mais sans commune mesure avec des pointures aussi différentes qu'un Salvadori ou qu'un Burton.
Les aventures extraordinaire d'Adèle Blanc-Sec, de Luc Besson, avec Louise Bourgoin, Gilles Lellouche, Mathieu Amalric (Fra., 1h47, 2010)
Toutes les critiques d'Alexandre Mathis sur son blog
Le Guerrier Silencieux****
31/03/2010 10:17Alexandre Mathis
Immersion surréaliste dans la furie viking sur fond de rédemption et d'identité nouvelle. Une expérience visuelle rare qui risque d'en rebuter plus d'un. Et pourtant...
Il convient de prévenir tout de suite le lecteur, le Guerrier silencieux (Valahlla Rising en version originale) n'est pas le genre d'expérience à mettre entre toutes les mains. A en juger par les diverses clameurs de la salle de cinéma, le dernier délire de Nicolas Winding Refn envoute, dégoute, passionne ou ennui mais ne laisse jamais indifférent. Le danois est un spécialiste du genre. Déjà avec sa trilogie Puscher et plus récemment Bronson, il suscitait le débat tant son art brise le mode opératoire habituel. Pourtant, comme Tarkovsky et Kubrick en leurs temps, Refn réinvente partiellement le cinéma.
Pourquoi Tarkovsky et Kubrick en exemple? Simplement car Le Guerrier silencieux puise en eux une forme de perfection formelle alliée à une violence et une immersion scénaristique comme rarement on en voit. Nous voilà perdu dans l'immensité embrumée des terres scandinaves à une époque où les vikings luttent contre l'évangélisation chrétienne. One-Eyes (Mads Mikkelsen), guerrier impitoyable borgne et muet, parvient à échapper au Barde, un chef de clan sanguinaire, pour s'engouffrer vers un destin bien mystérieux. Refn tente de nous embarquer dans un enfer scandinave, inspiré par la poésie mystique que le Moyen-Age nous a transmis. Difficile de rentrer tête baissée dans le Valahlla du film sans une concentration de tous les instants. Le cadre habituel change, rien que dans cet entame, où l'on part d'un plan très large dont on aperçoit un enfant qui amène à boire à un prisonnier, la fameux One-Eye. Par un faux-raccord volontaire, le borgne passe d'un état d'enfermer dans une cage à celle d'homme en dehors des barreaux. Tout le long, le cinéaste se plait à jouer avec cet état d'enfermement et de fausse liberté. Les personnages espèrent la liberté d'une autre terre alors que paradoxalement, ils se cloitre dans un futur plus sombre. Passionnant !
Le Guerrier Silencieux, de Nicolas Winding Refn, avec Mads Mikkelsen, Maarten Steven, Jamie Sives (Brit., Dan., 1h30, 2010)
The Ghost Writer : Polanski resplendissant dans le noir****
14/03/2010 15:34
Sous ses apparats académiques, The Ghost Writer révèle des trésors de tensions et de maîtrise de mise en scène. Une vraie bombe.
Ne pas se fier à la bande-annonce austère, ni au prétendu classicisme de son intrigue, le dernier Polanski s'avère déjà une référence. Achevé depuis sa prison suisse, le franco-polonais concocte une pure trame de film noir. Au cœur de l'intrigue : suspicion, tromperie, manipulation en hauts lieux, conséquences politiques. Plutôt que de le comparer à un autre long-métrage, on pense surtout à la saga de jeux vidéos Metal Gear Solid. Comme dans la création de Konami, concentré faramineux de références au 7ème art, le successeur d'Oliver Twist plonge le spectateur dans une ambiance malsaine, où chaque regard peut dissimuler un mensonge, où la vérité semble dangereuse.
Adam Lang (Pierce Brosnan), politicien britannique se retrouve embarqué dans un procès pour crime contre l'humanité. L'ancien premier ministre est accusé d'avoir initié la guerre en Irak, utilisé des méthodes de tortures et arrangé ses amis américains. Au milieu de ce foutoir, un 'nègre', en anglais ghost writer (traduction littérale « l'écrivain fantôme »- c'est quand même plus classe !) incarné par Ewan McGregor, époustouflant. Après avoir joué un homo au regard tendre dans I Love You Phillip Morris et au moment où sort le prometteur Les Chèvres du Pentagone, le voilà dans l'un de ses meilleurs rôles. Alors que l'on croit qu'il va se faire dévorer dans un premier face à face avec Lang/Brosnan, on se rend très vite compte que c'est son personnage qui capte toute l'attention. L'ex-James Bond, comme l'ensemble des autres seconds rôles ne font presque qu'acte de figuration de qualité. On découvre tout de même Olivia Williams, comédienne surprenante et touchante.
The Ghost Writer, de Roman Polanski, avec Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Olivia Williams (Fra., 2 h 08, 2010)
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Shutter island, l'île mystérieuse
28/02/2010 21:17Alexandre Mathis
Retour du duo Scorsese/DiCaprio pour un thriller fascinant à défaut d’être parfait. Encore une performance de haute volée de Leonardo qui met en valeur à lui tout seul toute la subtilité psychologique du film.
Le cinéma de Martin Scorsese revient de loin. Insignifiant il y a encore 10 ans, il peut dire merci à DiCaprio d’être venu le sortir de son coma éveillé. Quatrième collaboration entre les deux hommes avec Shutter Island. Premier plan magistral d’un ferry qui sort de la brume, où le marshal Teddy Daniel (Leonardo DiCaprio donc) se remet difficilement de la houle. Prémonitoire malaise face au déluge de révélations nauséeuses qui attendent cet homme. Aidé de son collègue Chuck Aule (Mark Ruffalo, transparent), les voilà à enquêter sur la disparition d’une certaine Rachel, évadée de la prison de Shutter Island.
Ce bout de terre si mystérieux n’est pas sans rappeler L’île noire de Tintin, roche coupante et allure sombre où la tempête n’est jamais loin. Ambiance lourde, personnel au visage grave, tout de suite, le malicieux marshal sent que son enquête va se révéler douloureuse. Cette atmosphère pesante n’est pas sans rappeler les phobies de Polanski de l’exiguë ou la tension narrative d’Hitchcock. À la différence d’un Tarantino qui laisse une place immense à la référence cinéphile, Scorsese se plaît à distiller ici et là ses influences, jamais ostentatoire, mais belles et bien présentes. Shutter Island se veut une plongée dans le film noir américain façon année 50. Malin quand on sait qu’il fut catalogué de fer de lance du nouvel Hollywood.
Shutter Island de Martin Scorsese, avec Leonardo DiCaprio, Mark Ruffalo, Ben Kingsley (U.S.A., 2h17, 2010)
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I Love You Phillip Morris : Carrey tombe le masque***°
11/02/2010 20:28Alexandre Mathis
Après maintes difficultés de distributions, le mélo-comique gay I Love You Philip Morris sort enfin. Une bien belle réussite colorée et drôle.
Ne nous méprenons pas, l'histoire vraie de Steven Russel n'est en rien une histoire poignante sur la condition gay aux États-Unis. Pourtant, en plein débat sur la proposition 7, autorisant le mariage homosexuel, le film s'est retrouvé l'an dernier au cœur d'une tempête médiatique. Personne ne voulait le distribuer jusqu'à ce que le chevalier blanc Luc Besson ne s'en charge. Et, une fois n'est pas coutume, nous pouvons lui dire merci.
Le film narre plus les errements d'un arnaqueur follement amoureux que le parcours accidenté d'un homme en recherche d'identité. I Love You... se rapproche parfois de la comédie romantique un peu nian-niante mais sort la tête de l'eau avec un rythme comique délicieux. Ne vous fiez pas à l'affiche française horriblement criarde ; haut en couleur ne signifie pas kitch. Le long-métrage s'attarde en revanche sur le goût prononcé de Russel pour le clinquant, le reluisant, le soyeux.
Brothers : affaire de famille***
07/02/2010 15:27Alexandre Mathis
Plongé dans le bourbier Afghan, les américains livrent de plus en plus de films comparant cette guerre au Vietnam. Brothers sert de volet psychologique sur fond de mélo familial. Touchant.
Sam et Grace représentent les américains parfaits. Jolie maison, gamines charmantes et joueuses, le couple incarné par Tobey Maguire et Natalie Portman n'a qu'une épine superficielle à gérer : Sam repart au front afghan avec l'ONU. Oui, mais papa est un héros, alors les gamines se font une raison. Et puis l'anti-héros débarque : Tommy, frère su soldat, fraichement sorti de prison rapplique. Dernière ce postulat caricatural se cache un mélo familial lié à la déchirure de la guerre. Quand Sam est laissé pour mort, la famille pleure.
Le réalisateur Jim Sheridan n'est pas le plus audacieux explorateur du 7ème art. Son travail toujours de qualité (Left Foot, Au nom du père) n'a pas laissé de traces indélébiles. Il en sera de même avec Brothers, œuvre mineure sur un pays en manque de repères. Le film oscille constamment entre dénonciation politique et mélo sur les fêlures familiales. L'illustration de la guerre n'arrive pas à la cheville d'un autre film traitant un peu du même sujet : Démineur. Ils seraient plutôt complémentaires dans leur approche et sur le message véhiculé. La captivité de Maguire et son soldat ne retranscrit pas franchement d'émotion, ni de tension. L'intérêt se situe en Amérique.
Agora, la sirène d'Alexandrie**
17/01/2010 18:32Alexandre Mathis
Un péplum sur fond de féminisme et d'obscurantisme. Malgré une belle ambiance et Rachel Weisz, un ensemble trop confus voire caricatural.
Quoi de mieux que d'utiliser l'histoire pour faire passer de façon anachronique des messages contemporains politiquement corrects ? Alejandro Amenábar (Les Autres,Ouvre les yeux) semble le penser. Agora raconte assez fidèlement la vie de la philosophe Hypatia au sein d'une Égypte où le christianisme prend de l'ampleur.
La reconstitution en décors réels coupe le souffle et fait directement penser à la performance de la série Rome. Il en va de même pour les costumes, finement travaillés, où l'armure du plus petit des figurants reste crédible. Le jeu volontaire des contrastes des coloris sur les tuniques entre païens et chrétiens appuie un effet de mise en scène globalement réussi. Ces compliments faits, précisons que la réalisation souffre d'un certain manque de contemplation, la faute sûrement à un découpage trop sommaire. Et puis, les plans de l'espace font tâche. On croirait une utilisation de Google Earth déplacée au IVe siècle.
Agora, d'Alejandro Amanábar, avec Rachel Weisz, Max Minghella, Oscar Isaac (U.S.A/Esp., 2h06, 2010)
Tetro : mon frère, ce Dieu*****
03/01/2010 16:10
Coppola en grand chef d’orchestre dans un drame familial sublime où se mêle amour et fausse haine. Magistral.
Presque une évidence. Comment aurait-il pu rater son film ? Coppola, bien loin d’Hollywood, devenant d’année en année un auteur indépendant, au parcours inverse de tous les autres cinéastes à succès, revient au cinéma avec Tetro.L’Homme sans Age, guère apprécié, avait pourtant laissé apercevoir la profondeur de la nouvelle vie cinématographique de Francis Ford. Un cinéma audacieux, exigeant, sans la moindre parcelle de hasard.
Tetro, de Francis Ford Coppola, avec Vincent Gallo, Alden Ehrenreich, Maribel Verdu (U.S.A, Arg., 2h07, 2009)
Avatar : l'avorton bâclé
01/01/2010 23:01Alexandre Mathis
Cameron déboule onze ans après Titanic avec ce qui se veut une révolution visuelle. Résultat : une fiction chatoyante, mais incroyablement creuse et clichée.
Voici l'occasion rêvée de régler une bonne fois pour toutes le compte de James Cameron. Ce Canadien à la réputation aussi sulfureuse qu'ambitieuse est souvent considéré comme un cinéaste majeur. Avatar doit en être la preuve ultime. Alors Cameron, c'est ce gros truc bien lourd, mais divertissant que sont Terminator 1 et 2. C'est aussi l'énigmatique True Lies. Mais c'est surtout l'ignoble niaiserie Titanic. Bref du « grand » James, on ne retiendra que le très réussi AlienAvatar, de James Cameron, avec Sam Worthington, Zoe Saldana, Sigourney Weaver (U.S.A., 2h40, 2009)
À l’origine : bitume en jachère****
01/12/2009 22:16Alexandre Mathis
L'histoire d'un escroc qui réussit à reprendre un projet d'autoroute. Un acte illégal confronté à la beauté du partage humain. Une bien belle histoire, filmée à hauteur de l'Homme.
Le début n'est guère séduisant. Des plans simples, une lumière banale, on ne sait pas trop où on va. On craint le pire. Cluzet incarne Philippe Miller, un escroc seul avec sa bagnole. Le hasard l'amène à faire croire qu'il va reprendre le chantier d'une autoroute. Celle-ci aurait dû exister il y a des années si le chantier n'avait pas avorté par la pression d'écologistes. Ce qui apparaît comme incroyable est pourtant une histoire vraie. Miller va essayer de réaliser cette route, avec pour but de rafler illégalement la mise. Seulement, il se confronte à la misère humaine.
À l’origine, de Xavier Giannoli, avec François Cuzet, Emmanuelle Devos, Stéphanie Sokolinski (Fra., 2h10, 2008)




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