Chacun sa route, chacun son chemin

04/09/2009 09:40Alexandre MathisLa Réunion

Véritable casse-tête, la circulation à la Réunion demande toujours plus d’investissement pour réguler les flots de voitures tout en se préoccupant du développement durable.

 

Escarpé, vallonné, abrupte… Tous ces adjectifs décrivent parfaitement le relief réunionnais. Des plages aux montagnes, du Port à St-Philippe, difficile de faufiler des infrastructures pour circuler. Un vaste défi dans lequel le Conseil régional investit. Revue de détails de quatre chantiers, passés ou à venir, avec Philippe Berne (PCR), vice-président chargé de l’aménagement du territoire.

 

1/La route du Littoral, voie du passé.

Elle cause bien des soucis. Régulièrement à la radio, un avertissement : « Chute de pierres sur la quatre voies ». La route du Littoral longe l’île de St-Denis à St-Paul. Obstacles naturels obligent, elle longe de hautes falaises. Le décor inquiète, un long voile métallique maintient les rochers pour éviter qu’ils ne dégringolent sur le bitume. Elle est souvent fermée, pour des raisons de sécurité, soit côté falaise, soit côté mer, ce qui provoque des bouchons monstrueux. « Nous dépensons beaucoup d’argent dans la sécurisation avec ces filets, rassure Philippe Berne. Mais ça n’est pas une solution à long terme. » Alors, une idée « dingue », comme l’avoue le politique, fait son chemin : construire un viaduc sur la mer. « Il remplacerait la route du littoral, trop dangereuse ! » Le concept tient debout : cette nouvelle quatre voies ferait la liaison St-Denis/La Possession. « Pour le moment, nous ne rencontrons qu’un seul obstacle. Des écologistes veulent protéger un petit bout de barrière de corail. Mais nous réfléchissons à trouver un accord, comme par exemple déplacer cette ressource naturelle vers St-Gilles. » Estimation du projet, « environ 1,2 milliard d’euros », calcule le vice-président. Début des travaux pour 2017, quand  l’argent aura été trouvé.

 

2/La route des Tamarins, une fierté

C’est en grande pompe qu’a été inaugurée en juin 2009 la route des Tamarins souhaitée par le président de la région Paul Vergès (PCR). Une imposante 4 voies aux allures d’autoroute – sans les péages, du moins pour le moment. L’œuvre phare de la région se révèle avant tout une prouesse technique. Face aux multiples ravines, les concepteurs ont construit des ouvrages d’arts complexes. « Nous avons dû investir au total plus d’un milliard d’euros, mais aujourd’hui tout le monde reconnaît que c’est un succès », synthétise Philippe Berne, un des initiateurs du projet. La route de 34 km permet en effet de rallier en une petite demi-heure St-Paul à l’Étang salé. « C’est aussi bénéfique au tourisme, puisqu’elle passe par nos stations balnéaires, notamment St-Gilles-les-bains. Éviter de passer par la route nationale permet aussi de fluidifier la circulation », argumente Philippe Berne. Pas totalement. À l’arrivée à St-Paul, les bouchons se forment régulièrement, alimentant les mécontentements. « On devrait pouvoir régler ça au plus vite, nous y travaillons », assure l’élu.

 

3/Le tram-train, projet d’avenir

« La voie royale, c’est le transport en commun !, s’exclame Berne. Nous ne voulons pas rester au tout automobile ! » Après avoir échoué à mener à bien un vieux projet de train par la montagne – « trop compliqué », dixit le vice-président – la nouvelle idée des responsables du Conseil régional s’appelle « Tram-train ». L’engin remplit en ville le rôle de tramway - il s’arrête aux feux rouges, freine rapidement – mais accélère une fois sorti de la ville, comme les trains traditionnels. Ce projet, évalué à 1,4 milliard d’euros, financé à la fois par le public (Région, Union Européenne) mais aussi par le privé (les discussions sont en cours), devrait dans un premier temps desservir l’île entre Ste-Marie et St-Paul. Début des travaux en 2014, si tout se passe bien.

 

4/L’Est et le Sud, régions abandonnées ?

Avec leurs routes étroites, leurs chemins goudronnés, un éclairage nocturne quasi inexistant, le Sud et a fortiori de l’Est, moins peuplés que l’Ouest, paraissent les parents pauvres de l’équipement. Philippe Berne s’en défend : « Le Sud sera à terme relié par le Tram-train, son parcours recouvrira donc presque tout le pourtour de l’île, à l’exception du Grand Brûlé (zone où des coulées de lave détruisent régulièrement les routes, ndlr). Là-bas, il est impossible de construire durablement donc on répare sommairement. » Reste que cette différence de traitement laisse le sentiment d’un développement deux vitesses. Voie express avec les Tamarins, voie secondaire ailleurs.

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