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Cette terre appelée argile…
30/05/2008 12:26Anabelle BourotteMaroc
La poterie, artisanat très présent au Maroc, se pratique dans toutes les régions, selon des procédés de fabrication millénaires.
À l’origine de la poterie : l’argile, terre élastique qui, humidifiée, permet de créer pots et récipients. Cette terre est mise dans un bassin relié à une cuve remplie d’eau, pour qu’elle devienne plus souple. Elle est ensuite filtrée et travaillée par des artisans à même le sol pour donner une pâte prête à l’utilisation. Découpées en bloc, des mottes d’argile sont distribuées aux potiers et le travail peut commencer.
« Ce métier, c’est un travail et un sport ! », confie Abdelatif, 45 ans et potier depuis sept ans dans un petit atelier en pleine montagne, tandis qu’il saute dans un trou où il peut tout juste passer son corps. Face à lui, une plaque ronde qui lui servira à modeler l’argile ; sous la table, un cercle qu’il fait tourner avec ses pieds pour activer la plaque. Jetant un gros morceau de terre bien lisse sur la plaque, le potier s’affaire et pots, assiettes, tasses prennent formes comme par magie.
Une fois le modelage terminé, il effectue des retouches : coller des anses, vérifier que tous les éléments de la poterie s’encastrent bien les uns dans les autres, dessiner des décors à l’aide de petits instruments comme des couteaux ou des baguettes de bois… Exposées au soleil, les poteries sèchent ensuite pendant au moins deux heures.
La première cuisson dure quatre heures à 800 degrés. Les fours sont faits en pierres et peuvent contenir plus de 500 pièces, protégées dans des caissettes pour qu’elles ne brûlent pas. Les poteries sont maintenant prêtes pour la peinture. Les motifs sont le plus souvent des dessins géométriques : traits, ondulations, cercles. Ils sont réalisés sur commande ou laissés à l’imagination du peintre.
Les poteries repartent ensuite une dernière fois faire un séjour dans le four pendant six heures à 1 000 degrés pour que la peinture se fixe sur l’argile. À la sortie, elles sont triées et leurs couleurs ternes ravivées avec l’application d’une couche de vernis, ultime étape de fabrication. Elles sont maintenant prêtes à être vendues dans les souks.
La face cachée du pot
La poterie, un métier de passion et de dextérité qui cache cependant un certain malaise.
Les poteries au Maroc ne sont pas réalisées de manière industrielle, elles sont l’œuvre d’artisans expérimentés qui s’activent dans des ateliers aux tailles variables. Un rythme de travail éreintant, comme le confirme Khadir, « Speedy Gonzalez » de 50 ans qui, depuis huit ans, trie les poteries dans un petit atelier : « Le travail ici est dur, très dur », assure-t-il en mimant les gestes qu’il effectue toute la journée. La cadence est dure à suivre : « Moi, par exemple, je peux faire jusqu’à 200 pièces par jour et plus encore quand on a des commandes », annonce fièrement Adbelatif, 45 ans, potier depuis sept ans dans un petit atelier en pleine montagne.
« Et puis, être potier ne rapporte pas tant que ça : 50 dirhams par jour, ajoute Khadir, l’artisan hyperactif. Pourtant, je me lève de bonne heure comme les coqs ! » D’un ton toujours teinté d’ironie, il explique que le salaire de potier n’est pas très élevé si on le compare à la dépense d’énergie et au temps que prend cette activité. « Vous voyez, cette soupière qui, ici, coûte 70 dirhams atteint 200 dirhams sur les souks », raconte Khadir, mettant des mots sur le mécontentement silencieux commun à beaucoup de potiers. Ce ne sont pas eux qui se font une marge sur leurs produits, mais bien les marchands qui achètent à des sommes modiques les poteries et les revendent en multipliant leurs prix.
1Bassin servant à rendre l'argile plus souple
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3La décoration: étape final avant la cuisson
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6Four pouvant contenir jusqu'à 500 pièces
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