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Casa : SOS patrimoine en danger
30/05/2008 08:50Alexis HontangCasablanca
Casablanca est une mine d’or qui s’ignore : les témoignages architecturaux du XXe siècle y pullulent. Un patrimoine exceptionnel qu’essaie de préserver l’association Casamémoire, face à l’inévitable spéculation foncière casablancaise.
Les architectes disposaient d’une grande liberté et n’hésitaient pas à tenter quelques coups, à l’image de cette façade.
Alors qu’ils faisaient détruire une de ces villas lambda dont Casablanca recèle, les promoteurs ont vu défiler, devant leurs pelleteuses, une dizaine de manifestants soucieux de préserver cet habitat si précieux à leurs yeux. « C’était une villa datant du XXe siècle, d’un fameux architecte français, Marius Boyer », indique Laure Augereau, architecte nantaise de 33 ans. « L’opération n’a pas marché… Mais Casamémoire a pu naître ensuite, en 1994. »
Cette association a pour but de conserver l’âme historique casablancaise, en listant les immeubles historiques et en tentant de les inscrire au patrimoine marocain des monuments.
Parce que Casablanca est en proie à de perpétuelles spéculations foncières, ces témoignages du XXe siècle uniques en leurs genres sont menacés. « On veut détruire ce patrimoine qui a pourtant façonné cette ville », interpelle Luc Brochard, 33 ans, lui aussi architecte. Mais, face à ces nobles intentions, s’est dressé un mur de mécontents : « C’est avant tout un héritage étranger ! Jamais le roi n’ira le défendre ! Quant au maire, il est entre deux eaux. Les énormes enjeux immobiliers qui sont derrière pèsent lourd », dit le professionnel.
« Un musée à ciel ouvert ! »
L’action de Casamémoire peut paraître insensée pour le touriste ignorant. Une balade dans le centre de la première ville du Maroc n’est pas un émerveillement pour les yeux : les tour-opérateurs rechignent même à envoyer leurs clients en quête de souks colorés et de ruelles étroites dans l’immense capitale économique du Maroc. « C’est très différent du reste du Maroc, admet Luc Brochard. Mais si l’on a un œil averti, Casablanca est un musée à ciel ouvert ! »
Petite leçon d’histoire : « En 1900, Casa, ce n’était que la médina. Il y avait alors 20 000 habitants, explique Laure Augereau, le doigt sur une carte écornée. À son arrivée au Maroc, le maréchal Lyautey voulait que Casa devienne la capitale économique du pays, car l’océan Atlantique n’était pas aussi houleux que dans le reste du Maroc, ce qui favorisait le commerce maritime. Il a donc dû doter la ville de nouveaux bâtiments. Pour les architectes, c’était un réel bonheur, car le terrain était vierge et les contraintes moindres ! »
Le permis de construire avant la France
La métropole fut donc le théâtre d’inspirations avant-gardistes d’architectes européens. « Il y avait des projets de parkings souterrains, d’ascenseurs, de boîtes aux lettres ! », raconte Laure Augereau. Pour le colonisateur français, Casa était aussi un gigantesque champ d’expérimentation : « Le permis de construire a été testé à Casablanca en 1915. En France, la loi ne l’a rendu obligatoire que quatre ans plus tard. »
Un patrimoine abondant, mais pourtant quasi invisible : repérer du premier coup d’œil des chefs-d'œuvre de Marius Boyer ou d’Auguste Perret n’est pas accessible à M. Tout le Monde, tant ces bâtiments se fondent dans le décor. Alors parfois, entre promoteurs aveugles et défenseurs acharnés, la situation peut s’envenimer. Un exemple parmi tant d’autres : l’hôtel Lincoln, racheté par des spéculateurs, mais protégé, tombe aujourd’hui en ruines, laissé à l’abandon. Les investisseurs pourraient même demander à la mairie un permis de détruire, l’hôtel étant devenu insalubre. La guerre ne fait que commencer…
1Le Cercle des Officiers, bâti en 1925 sous les plans de Marius Boyer.
2Datant de 1929, le comptoir métallurgique est l’œuvre des français Auguste Cadet et Edmond Brion
3Bâtisse très imposante aux abords de la place Mohammed V, la Banque du Maroc (1937) a été construite sous les ordres d’Edmond Brion.
4En 1948 l’immeuble de la SCI du Centre vit le jour. L’architecte Jean-François Zévaco a dessiné ses lignes.
5L’inusable duo Cadet-Brion fut aussi à l’origine de l’immeuble Alexandre Bouvier (1929).
6En 1950, le trio Robert Jean – Vincent Scob – Léon Aroutcheff sortit de terre le cinéma Lutetia
7L’immeuble Baille (1931) fut dessiné par la paire française Auguste Cadet – Edmond Brion.
8Une façade des plus ornés.
9Sur l’avenue Hassan II, l’immeuble Tazi, édifié en 1929, est l’œuvre de deux frères français, Louis-Paul et Félix-Joseph Pertuzio
10Bel exemple de l’architecture casablancaise du XX° siècle.
11Détail d’une façade.
12Luc Brochard
13Laure Augereau, originaire de Nantes
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