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Carnet de route péruvien
28/12/2002 02:27Cyril
Durant trois semaines du 8 au 27 août, 8 lycéens du Lycée de Jean Jaurès du Creusot, membre du Club Pérou sont partis pour le Pérou retrouver d’autres jeunes : Espagnols et Uruguayens afin de confronter des éléments différents de culture. Cyril raconte son expérience...
Nouveau monde, autre monde
C’est à Tarma, ville moyenne au centre des Andes que nous avons vécu. Une ville haute, comme il n’en existe aucune en Europe, dans les montagnes, à trois mille mètres d’altitude. On y arrive par une vallée très large, fertile, irriguée de nombreux cours d’eaux, avec des champs de fleurs, glaïeuls et jacinthes, des bois d’eucalyptus, des champs, du bétail, des jardins en terrasse. L’emblème de la ville est le picaflore, l’oiseau-mouche, que l’on aperçoit parfois auprès de jardins magnifiques. J’ai été frappé, en arrivant, par la beauté et la richesse apparente de ces territoires. Mais la différence est simple : Tarma est à l’écart des circuits du tourisme, et dans ce pays, il n’y a que le tourisme qui fasse ressembler les choses aux choses de chez nous. Evidemment, rien là-bas ne peut être comparé à nos pays d’Europe : les gens sont différents et ce qu’ils cherchent parfois très loin de nos propres préoccupations. Evidemment, on voit à Tarma une grande misère, le délabrement de quartiers entiers, des gens marqués par la privation, des enfants sales qui mendient.
Mais là-bas, il est impossible de penser avec nos idées d’ici. Comme je ne parle pas l’espagnol, j’ai fait beaucoup plus attention aux visages, aux gestes. Plus tard, j’ai bien dû parler, apprendre un peu de la langue, poser mes questions et donner des réponses. Alors, quand j’étais interrogé par des gens de là-bas, par exemple sur le prix de mon billet d’avion, je devais mentir ou laisser comprendre que le billet avait coûté la somme qu’eux gagnaient en plusieurs mois. Dans un village de montagne, j’ai dû prendre beaucoup de temps et utiliser les mots les plus rassurants pour convaincre un enfant que je n’étais pas un méchant et que je voulais juste lui offrir un caramel, ou pour qu’une grand-mère nous regarde avec moins de défiance.
Je prenais conscience d’une distance infinie entre eux et nous, entre deux humanités. J’en venais à me demander ce que je faisais là, comment je pouvais venir sans honte parmi ces gens. Je n’étais pas à ma place, il était indécent de se promener sur ces lieux. Je me souviens, par exemple, de Tarmatambo, où les habitants se cachaient derrière les portes à notre arrivée, où les enfants s’enfuyaient dans les rues boueuses devant nous, où les hommes restaient silencieux et farouches après nos questions. Beaucoup d’entre eux étaient hostiles, d’autres simplement curieux.
Un soir, j’expliquais à une jeune fille que je cherchais un livre que je ne trouvais pas dans les petites librairies de Tarma ; elle m’a demandé le titre. Quand je le lui ai dit, elle m’a pris par le bras, m’a fait traverser les rues et les quartiers de la ville. Elle m’a emmené chez elle. Sa famille m’a invité à boire. L’intérieur était simple, un peu vieillot, avec le goût marqué des péruviens pour les images religieuses. La famille, père, mère, frères, sœurs, grands-parents, se sont assis autour de la table et m’ont regardé boire un jus d’ananas, et manger des biscottes. Chacun m’examinait en silence, en souriant. J’essayais de parler un peu, gêné, mais ils ont attendu que tout soit mangé pour parler et me répondre. Ces rituels passés, ils furent très chaleureux. La jeune fille est passée dans une pièce à côté ; elle est sortie et m’a offert, avec un grand sourire, le livre que je cherchais. Ensuite, elle voulait m’en offrir quantité d’autres, je refusais, elle en proposait d’autres…
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