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Caricature de Noël
28/12/2002 02:26Aurélie
Toutes les fêtes récurrentes sont l’occasion pour beaucoup de sacrifier au rituel des « réunions de famille ». C’est souvent très instructif et l’on perçoit tous ces personnes auxquelles nous retient un lien très fort, sous un nouveau jour. Cependant un malaise nous étreint parfois comme une honte inavouée… Pourquoi ?
Le clan est au complet en cette soirée de Noël et comme bon nombre de français soucieux de traditions dont au final nous ignorons toute la portée et la signification, nous voici attablés autour de mets fumants. C’est l’abondance. Le vin passe de verres aux lèvres et l’euphorie se déploie peu à peu, portée par les vapeurs d’alcool qui réchauffent l’atmosphère ambiante. Les jours s’empourprent et doucement les langues se délient…
Des questions banales sur la scolarité des petit-enfants, on dérive sur des sujets plus tendancieux. Certains s’évertuent sur le chemin de la grivoiserie. Sous couvert d’ouverture d’esprit, le sexe est étalé au milieu de la table. Pas de tabous ici ! Chacun y va de son couplet parmi les hommes : ils ont tout vu, tout testé et avouent sans complexe qu’ils « assurent en toute circonstance ». En passant, on en profite pour cracher un peu sur les homos (c’est toujours ça de pris !) et on souligne l’infériorité des femmes par quelques gentils surnoms. Mais ça va, les « grosses », « salopes » ou « conchitas » ont l’habitude, elles ne s’arrêteront pas sur les termes. A moins que ce soit l’admiration éprouvée pour leurs sublimes et virils mâles qui les laissent bouche bée !
Cependant, minuit approche et c’est la première trêve. Les froissements des papiers libérés de leurs rubans se mêlent aux claquements secs des bouchons de champagne. On se congratule longuement : embrassades, effusions, remerciements… C’est sans doute ici qu’il faut chercher des brides de sincérité. Infime moment où dans la satisfaction matérielle palpable, on se sent prêt à aimer tout le monde et à compatir à toutes les misères. Presque par mégarde, une pensée pour les démunis effleure les esprits de l’assistance tandis que les plus âgés se remémorent l’époque reculée où une orange tenait lieu de fête. C’est le pincement étrange d’une culpabilité née de la surconsommation. L’avantage est qu’il donne bonne conscience : au moins on n’a pas pensé qu’à soi. Tout le monde est bien d’accord d’ailleurs, la société est pourrie et toutes ces inégalités, c’est réellement écœurant !
Ah, voilà la bûche, merveille de l’architecture pâtissière. La chaleur s’est encore intensifiée et les petits sont déjà couchés, bordés de rêves tout faits, remplis de vieillards barbus et de bienveillants adultes. Ceux-ci parlent justement avenir et s’extasient sur la jeunesse. Elle est belle, pleine de promesses et d’utopies, ça en devient presque attendrissant. Les jeunes, ils sont marrants au fond, ils croient tout savoir sans avoir rien vécut note une mère avec perspicacité . C’est leur problème s’esclaffent les autres, maniérisme mis à part évidemment !
Enfin, on convient de rediscuter avec les « ados » quand ceux-ci auront lu, vu, testé ce dont ils débattent mais surtout quand ils se sauront rangés à l’avis infaillible des parents !
Sinon, ce n’est pas tout ça, il va falloir songer à marier les filles, nos jolies représentantes de la famille, qui deviennent de petites femmes. De fait, elles commencent à débarrasser, elles sont dans la bonne voie plaisante-t-on spirituellement. Mais alors là, attention, les papas s’inquiètent et laissent échapper de vieux relents fascistes : si elles nous ramènent un maghrébin, Dieu du ciel ! (Ca tombe bien, c’est Noël ! Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime tous, lui au moins.) Une telle union ne pourrait être acceptée parce que « ces gens là ne sont pas comme nous au fond et puis ils ne travaillent pas et vivent des allocs que nous payons… »
Et chacun d’y mettre son grain de sel et de se découvrir une vraie vocation pour le racisme primaire. Des protestations s’élèvent parmi les jeunes, assez légères toutefois, alcool et respect obligent. A leur avis, les adultes oublient quelques préceptes de leur belle morale chrétienne : aimez-vous les uns les autres, nous sommes tous des les enfants de Dieu, etc. etc.
Après tout, a t’on jamais lu dans la bible : « Ne regarde pas la paille dans l’œil de ton voisin mais la poutre dans celui des maghrébins parce que, Dieu ne les a en réalité pas fait à son image !!! Evidemment, en ce qui concerne les textes sacrés, tout est néanmoins matière à interprétation. On a d’ailleurs vu le résultat avec les guerres de religions !
Sur ces belles paroles on parvient enfin au café, et ceux qui ont survécu jusque là continuent de déblatérer. Le tour de presque toutes les grandes thèses ayant été fait, on en revient à des dialogues plus creux jusqu’à ce que les verves les plus attisées s’éteignent dans la moiteur des dernières gouttes de liqueur. C’est l’heure blafarde des au revoirs. Pas de larmes et l’émotion est plus mitigée car chacun sait que le prochain rendez-vous est fixé. Même heure même endroit, l’année suivante : c’est là tout le charme des jours fériés !
J’avoue, j’ai largement forcé le trait. Cependant il y a à cela une bonne raison : j’ai recherché en vain la magie de Noël cette année. Elle est bel et bien morte. Et le problème n’est pas que la commercialisation intempestive des fêtes de fin d’année. Le fait est que alcool et euphorie aidant, on se laisse trop aller et c’est plus que dangereux. Et si je n’en suis pas encore à vouloir tous nous voir crever étouffés de dinde au marrons, je tire le signal d’alarme car cette année, et je ne dois pas être la seule dans ce cas, il n’y a pas que la bouffe qui m’a écœurée !
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