Ca déménage toujours à Hué
11/04/2005 08:29Nicolas BarriquandTypo Vietnam
En 2002, j’avais écrit un article sur la communauté des Sampans de Hué, les bateliers qui vivent sur la Rivière des Parfums. Ou plutôt qui vivaient. Au fur et à mesure, ils sont relogés sur la terre ferme. A chaque fois que je me rends à Hué, je vais faire un petit tour du côté des Sampans.
Il y a de moins en moins de bateaux. Trois ans auparavant, le canal qui ceinture la citadelle, la vieille ville de Hué, suffisait à peine à accueillir tous les sampans de l'ex-capitale impériale. Maintenant, il faut remonter assez haut pour rencontrer les premières embarcations. Plusieurs générations vivaient (pour certaines, continuent à vivre) sur ces bicoques d'une quinzaine de mètres de longueur et de deux mètres de large. En 1998, la ville de Hué lance le projet Kim Long (nom d'un des quartiers où seront relogés les sampaniers). La municipalité de Rennes, par l'intermédiaire de l'association Bretagne-Vietnam, soutient financièrement l'opération qui vise à donner « des conditions de vie décentes aux familles huéennes pauvres ».
Les Sampans, ce sont un peu les « parias » de la ville, les « intouchables » de Hué. Pas assez d'argent pour s'acheter une maison, ils se retrouvent sur l'eau. Nomades d'eau douce. Les revenus proviennent de la pêche, du sable récolté au fond du cours d'eau, ou encore du tourisme avec la transformation du bateau en embarcation avec tête de dragon qui emmène les occidentaux voir les tombeaux impériaux en amont de la Rivière des Parfums.
« Ce sont nos responsables politiques qui ont décidés de déplacer cette population sur la terre ferme » commente Do Trinh Trung, chargé de mission pour les Affaires Etrangères de la très touristique ville de Hué. Au milieu des maisonnées jaunes, fraîchement sorties de terre, un nouvel établissement scolaire. Il a été construit en 2003 et rentre dans le programme de relogement, volet éducation. « Auparavant, peu d'enfants de sampaniers avaient accès à l'éducation, poursuit Do Trinh Trung, désormais, ils ont une école primaire, un collège et ce centre de formation. » Les ex-gamins des eaux se frottent à l'apprentissage de la couture, de l'informatique ou de la langue anglaise. Le professeur des computers, Ngo Kim Lang, remarque que le niveau scolaire de ces adolescents était très bas. « Dans l'ensemble, le relogement est un succès, claironne Do Trinh Trung, il nous reste encore environ un gros tiers des familles sampans à reloger. » Après avoir débarrasser la Rivière des Parfums de ses pauvres, la ville de Hué envisage de déplacer les familles qui habitent sur les remparts de la citadelle. « Pour protéger le patrimoine. »
Epilogue : Les sampaniers que j'avais rencontré se disaient tous très soulagés de ne plus vivre sur l'eau, même si au départ, ils n'avaient rien demandé. Hué paraît ainsi moins pauvre, les relogés sont heureux et ont accès à l'éducation. Tout le monde est content. Maintenant que leur ghetto se trouve sur terre, le restant de la population de Hué les intègreront plus facilement. Peut-être.
Commentaires: aucun


