« C'était le jeudi 22 mars, à Kinshasa,... »
07/05/2007 14:19Thibault Coudray
Ainsi commence le récit de Mme Mégard, comptable, mère d'une famille chalonnaise. Elle est expatriée, avec ses enfants, en République démocratique du Congo où son mari travaille dans le bois. À cette date Bemba, l'opposant à Kabila élu démocratiquement à la tête de ce pays, débute son coup d'État qui durera 2 jours et causera 1200 morts. La presse a très peu traité cet évènement. Voici le témoignage de cette famille qui se trouvait au milieu du conflit.
« Toute la population a fui vers la banlieue », raconte Mme Mégard. « Je rentrais du travail et je voyais que ça prenait une mauvaise tournure. Mon mari m'a contactée et m'a dit qu'il était inutile d'essayer d'aller à la maison. Je me suis réfugiée dans l'hôtel le plus proche. Mon mari m'a rejoint un peu plus tard en prenant beaucoup de risques. Pourquoi l'hôtel ? Je ne sais pas. Peut-être parce que l'on se dit que là au moins il y aura de quoi manger et dormir. Nous étions environ mille dans cet hôtel.
À l'école les enfants avaient été prévenus un peu plus tôt qu'il fallait évacuer au plus vite. Mes deux aînés ont réussi à se rendre chez une de leur amie avec son chauffeur, mais mon petit garçon, comme nous n'avions pu venir le chercher, a dû rester dans l'établissement scolaire avec sa maîtresse ».
« Pendant 2 jours, pas eu une minute de répit »
« Nous nous trouvions dans ce qui fut appelé « le triangle de la mort ». Ce triangle englobait tout le centre ville où se trouvaient l'école et l'ambassade française ainsi que les quartiers résidentiels. Les soldats de Bemba se dirigeaient vers cette zone. Les armes avaient été livrées la veille et des blindés venant de l'extérieur de la ville soutenaient l'avancée des troupes. Ils tiraient sur tout ce qui bougeait et des civils ont été écrasés par les chars.
Dans notre hôtel, nous observions l'avancée des troupes de Bemba depuis le rez-de-chaussée. Un grillage nous protégeait.
Quand les miliciens se sont aperçus de notre présence, ils ont tiré des rafales dans notre direction. Une femme s'est écroulée près de moi. Nous nous sommes réfugiés dans les étages. Nous étions paniqués. Quelque temps après, mon mari et quelques autres sont descendus secourir trois blessés.
On entendait en permanence des tirs, des obus, des roquettes qui sifflaient au dessus de nos têtes. Les soldats tiraient dès qu'ils voyaient des personnes aux fenêtres. On ne pouvait pas dormir. On attendait sur des chaises, nous tombions de fatigue.
À l'école, les enfants étaient cachés sous des tables, protégés par des matelas, les rideaux fermés. Ils ont attendu ainsi pendant 7 heures, avant d'être secourus par les casques bleus. Les forces de l'ONU ont d'abord sécurisé les personnes qui avaient payé. L'Ambassade n'avait pas de quoi, l'école n'a été évacuée qu'après. C'est scandaleux ! Les transports blindés ont ramené les enfants et le personnel éducatif à l'Ambassade, protégée par 7 soldats français armés jusqu'aux dents. Ensuite les soldats de l'ONU ont aidé les ressortissants français dispersés dans les résidences ».
« Puis le samedi les combats se sont apaisés »
« Pendant toute la durée du conflit, nous avons espéré qu'il pleuvrait », continue Laurence Mégard. « Les pluies sont fréquentes et d'une extrême violence dans cette région. Mais le calme est revenu malgré tout le samedi matin. Les soldats angolais sont venus prêter main-forte aux soldats de Kabila en fâcheuse posture et ont réussi à stopper l'insurrection.
La France a joué un rôle important dans l'échec de ce coup d'État. Deux barges remplies de soldats aux ordres Bemba attendaient, sur la rive congolaise du fleuve, un signal pour débarquer. Heureusement, Mme Girardin, ministre française déléguée au développement, a menacé de retirer les aides financières de la France. Les barges n'ont jamais quitté les quais.
Bemba s'est échappé grâce aux forces de l'ONU qui l'ont escorté de l'Ambassade d'Afrique du Sud où il est resté trois semaines. Puis les autorités congolaises l'ont autorisé à se rendre au Portugal pour raisons médicales. Une procédure est en cours contre lui. Des plaintes ont également été déposées contre les casques bleus qui ont eu un comportement odieux.
Je ne pense pas que nous soyons maintenant hors de danger. La prochaine révolte sera celle du peuple qui souffre de la faim. Si la population s'insurge, il sera autrement plus difficile de calmer les conflits. »
Les richesses convoitées de la République Démocratique du Congo.
La RDC, ancien Zaïre, compte 60 700 000 habitants. La langue officielle est le français.
Ce pays d'Afrique Centrale, capitale Kinshasa, est parmi les plus pauvres du monde. Sa société est marquée par de fortes inégalités. Et pourtant, ses sous-sols recèlent de très nombreuses richesses, en particulier dans l'est et le sud : or, cuivre, étain, manganèse, diamants, plomb, zinc. Cette situation est si frappante qu'elle est souvent qualifiée d' « anormalité géologique ».
Les dernières élections présidentielles ont vu la victoire de Désiré Laurent Kabila, homme fort du pays, élu démocratiquement. Mais tant de richesses ne manquent pas d'éveiller les convoitises
Les groupes rebelles au régime de Kabila se disputent ces riches régions de l'est et du sud. Les 22 et 23 mars dernier, de violents combats ont opposé les partisans de l'armée gouvernementale à une tentative de coup d'État menée par le rebelle Bemba. Vaincu et réfugié à l'ambassade d'Afrique du Sud, Bemba a été autorisé par le gouvernement à gagner le Portugal pour des raisons médicales. Accusé de haute trahison, il devra pourtant rendre des comptes aux autorités de son pays.
Commentaires: 1


