C'est pas coton !!
05/05/2004 15:18Marion GuillotteauTypo Mali
Dans la quiétude de l'ombre d'une paillote, Sadibou Bâh, patron d'un atelier de travail du coton, et ses deux employés, s'affairent au « ka fini gochi » et au « ka fini siri ». Ces techniques, totalement inconnues hors d'Afrique, représentent la majeure partie de l'ornement du tissu avant sa vente. Pour les familles riches, il s'agit d'une sorte de pressing, destiné à rendre au vêtement sa première fraîcheur et surtout son aspect lustré.
Le ka fini gochi
Assis à même le sol, face à face et les jambes écartées, Daouda et Mattamadou Coulibaly aspergent délicatement et avec précision un grand lé de tissu disposé sur un demi-tronc d'arbre. L'amidon dont ils l'imbibent doit empeser l'étoffe. Alors seulement, ils entament le « ka fini gochi », qui correspond textuellement au « tapage » chez nous. A l'aide de maillets en bois, Daouda et Mattamadou frappent le tissu déposé sur le tronc. Lorsque l'étoffe -souvent du bazin, un tissu luxueux- est passée deux fois sous les coups, elle est étirée à ses extrémités à plusieurs reprises. Puis la large bande de tissu est pliée, et de nouveau, le tapage recommence.
Ces étapes, tapage, étirement et pliage, sont reproduites plusieurs fois jusqu'à ce que le tissu originel forme un rectangle de 15 centimètres sur 30 environ. A ce moment, l'étoffe, complètement rigide, présente une belle brillance. Chaque jour, les deux artisans fabriquent ainsi de 40 à 50 pièces de tissu. Souvent, les étoffes sortent de la teinturerie et sont prêtes à être mises en vente. Il arrive aussi que le tapage soit réalisé sur des vêtements déjà taillés. Cependant, c'est seulement pour de grandes occasions ou pour les familles très riches, car le ka fini gochi use très rapidement la fibre des vêtements.
Le ka fini siri
A côté d'eux, leur patron Sadibou Bâh manie les aiguilles plutôt que les maillets, un travail fastidieux préparatoire à la coloration des étoffes. Installé sur un tabouret, un large lé orange sur ses genoux, Sadibou aggripe un morceau de tissu et l'emmaillote énergiquement d'une grosse quantité de fil à coudre blanc, de manière à ce que le « tortillon » soit hermétiquement enserré. Il réitère l'opération jusqu'à ce que le tissu soit constellé de fils. Sadibou mettra plusieurs jours à broder son étoffe, mais l'ouvrage terminé, la teinture appliquée et les broderies de coton délicatement découpées, de petites auréoles orange écloront géométriquement, enfants d'un patient travail.
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