Bush doute enfin…un peu

04/12/2003 12:32Marie-Emilie
Un nouvel attentat, des explosions simultanées, des structures d’aide internationale visées, des centaines de blessés, de morts, tant américaines qu’irakiennes. Il en a fallu des dégâts pour ébranler les convictions contestables de George W. Bush… A moins que ce ne soit la perspective des prochaines présidentielles de novembre 2004 qui l’aient décidé…

Débandade en Irak, changement stratégique
A demi-mots, Bush commence par reconnaître ne plus trop maîtriser la situation mais maintient cependant le cap. La CIA estime à 5000 hommes la résistance à la coalition, chiffre qu’elle préconise de revoir à la hausse pour les mois à venir. Voici que le bourbier irakien avale ces valeureux soldats. Ceux-ci ne sont plus guère motivés. On sort du politiquement correct, certains GIs refusent de retourner dans un pays qui sombre dans le chaos, voire démissionnent. On est loin des sourires et de la confiance qu’ils affichaient en septembre devant les caméras « ennemies » de la télévision française. Mais voilà que les journaux américains considèrent désormais que la position française (et de quelques autres pays) était « la bonne ». Les personnes hostiles à cette guerre, officiellement terminée le 1er mai dernier, se font de plus en plus nombreuses. Toutefois, elles conservent fièrement la bannière étoilée étendue devant leur maison : l’Amérique continue de croire en ses valeurs, en son pouvoir libérateur, mais plus vraiment en son président. Et Bush l’a bien compris par les sondages. Il change donc soudainement sa stratégie en Irak, démontrant l’incohérence de sa politique ! D’abord hostile à concéder l’autorité aux irakiens avant la mise en place d’une constitution et d’élections, voici qu’il inverse la charrue et les bœufs… pour se désengager de l’administration directe du pays avant l’échéance présidentielle.

Un conseil même pas reconnu
Le conseil intermédiaire de gouvernement (CIG) irakien n’a pour l’instant été qu’une instance fantôme qui n’a absolument pas comblé le vide politique du pays. Les 25 membres la composant n’ont en quatre mois pas réussi à définir les modalités d’adoption d’une constitution du fait des divergences. Ils semblent en plus assez réticents à céder le « pouvoir » qui leur a été remis. En tout  cas, et c’est le plus important, le CIG ne plaît pas au peuple qu’il est censé représenter : jugé « illégitime » puisqu’ imposé par la force occupante tout d’abord et « affairiste » ensuite du fait de la présence d’homme à réputation douteuse en son sein… amenés par les Américains. Difficile pour ce peuple de croire que l’on œuvre en sa faveur !

Ethnocentrisme et problèmes (chronique d’une erreur annoncée)
C’est selon des valeurs propres à l’occident, par une sorte d’ethnocentrisme qui nous fait appréhender une société différente au travers de nos propres codes, que les Etats-Unis ont voulu, avec leurs beaux idéaux, sauver un peuple (et son pétrole) d’une situation intolérable. Intolérable par bien des égards à nos yeux mais notamment au regard des droits de l’homme : Saddam Hussein et le règne de l’arbitraire, Louis XIV et la lettre de cachet… Voilà Saddam parti, ou gardé « au chaud » quelque part. Seulement, le pays est dans une impasse : vide politique, instabilité… Il serait difficile de faire demi-tour, de dire « c’est trop dur, débrouillez-vous » et pourtant, c’est comme ça que cela risque de se passer à cause de la résistance interne, du CIG incompétent. Néanmoins, on peut espérer que le refus d’un aveu d’échec maintiendra les Américains, puisqu’il serait irresponsable de jeter l‘éponge comme ça ! On ne peut disposer d’un pays comme d’une chose, puisque tout un peuple (ce n’est pas négligeable !) vit à l’intérieur de ces frontières. En attendant, des rebelles continuent de semer la panique, les fiers GIs commettent des bavures, la tension est palpable et rien n’avance. Dans ces cas là, malheureusement, ce sont toujours les populations civiles qui trinquent, souffrant de la pénurie et des bombes, tandis que les « forts » comme Hussein sont en sécurité.
Le monde en est écœurant de ces procédés psychologiques, stratégiques… On ne peut pas refaire les évènements, mais qu’est-ce que cela dégoûte les jeunes, encore pétris d’idéaux et qui appréhendent ce monde d’« adultes ».

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