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Boire en liberté provisoire
13/05/2008 12:29Eddy
Au Maroc, boire un coup est légal, mais l'obtention d'une licence pour la vente d'alcool est compliquée. Dans un pays musulman à plus de 98 %, avec une législation qui interdit la vente d'alcool aux croyants, on pourrait logiquement s'inquiéter de la viabilité économique des débits de boissons. Pourtant, ils se portent bien.
Le roi en tant que commandeur des croyants est le défenseur du rite malékite, un des plus durs en termes de prohibition de l’alcool. À l’extérieur des bars, au nom d’un arrêté de 1967, les consommateurs musulmans sont considérés comme hors-la-loi et peuvent être arrêtés pour ivresse publique. À l’intérieur de l'établissement c'est plutôt le patron qui court un risque, comme le raconte ce client : « En cas d'ivresse, si la police débarque, je n'ai qu'à déclarer que je suis musulman et que l'on m’a servi de l'alcool. La police s'occupera du propriétaire tandis que je pourrai rentrer chez moi… sans payer ! » Une astuce peu mise en pratique, car ouvrir un établissement de ce genre implique généralement des « connaissances en haut lieu ». Et puis il faut aussi compter avec les videurs chargés de dégriser les clients récalcitrants et de leur rappeler qu'il est temps de régler l'ardoise.
Les consommateurs sont Marocains
La présence d'une communauté étrangère et du tourisme permet de justifier la vente et la consommation d'alcool. Cependant, les Marocains musulmans ne sont pas les derniers pour fréquenter les bars, brasseries et boîtes de nuit et pour acheter bières, bouteilles de vin et autres liqueurs dans les supermarchés du pays ouverts jusqu'à vingt heures. « À une heure du matin, les bars ferment, mais on peut se rabattre sur les boîtes de nuit qui restent ouvertes jusqu’à quatre heures du matin. Et si l’envie est encore là, les cabarets orientaux, avec danseuses du ventre, ne ferment qu’à sept heures », explique ce connaisseur. Les petits patelins ne sont pas en reste avec leurs distilleries clandestines d’eau-de-vie (mahiya) qui alimentent la population rurale.
Entre légalisation et interdiction, la bouteille balance
À cause de la religion, la légalisation totale de l’alcool est impossible. Mais l’interdiction totale est impensable, car les bars, restaurants, cabarets et autres boîtes de nuit emploient des milliers de serveurs. Cette activité permet par ailleurs à d’autres secteurs, notamment les chauffeurs de taxi, de profiter de la faune nocturne. C'est simple, on chuchote que « les fêtes religieuses ne sont pas bonnes pour le business ». Juste avant et juste après, c'est une autre histoire. Enfin, une production nationale de bière et de vin qui n’est pas destinée à l'export s'est développée et il faut bien écouler la marchandise.
Tout cela n’est pas du goût des islamistes. Leur représentant légal, le PJD, dispose d’élus au Parlement qui protestent et réclament une application de la loi plus ferme. De temps à autre le pouvoir resserre un coup la vis, mais, pragmatisme ou hypocrisie, on picole toujours en profitant de cette schizophrénie juridique.
Ce déni d'existence a des conséquences pour la santé publique avec l’absence de prise en charge sociale ou médicale des alcooliques. Aucune référence au phénomène dans le rapport 2007 du ministère de la Santé. Joints par téléphone, le ministère de la Santé marocain et le représentant de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) à Rabat sont incapables d'orienter un malade vers une structure comparable aux « alcooliques anonymes »
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