"Bienvenue dans la vraie Roumanie"

28/12/2002 02:27Caroline et Céline
Un long couloir, des portes entrouvertes qui laissent apparaître des corps affaiblis allongés sur des lits paraissant surgir d'une autre époque, du blanc à perte de vue...Au bout de ce couloir, les illusions, les émotions, les espoirs se confondent puis s'échappent subitement. La porte s'est ouverte. Une voix d'adulte nous atteint en plein coeur: "Bienvenue dans la vraie Roumanie".

Enfants malades du sida

Dans ces deux chambres d'hôpital d'à peine dix mètres carrés chacune, où on entre aussi facilement que dans un magasin, huit enfants offrent un sourire timide à l'arrivée des visiteurs inconnus.
Quatre lits se succèdent difficilement le long des quelques mètres de mur entre les restes de bouillon, les draps usés par le temps et les rares jouets, vestiges d'une enfance qui tente d'exister malgré tout.
A l'extérieur, sur le bord de la fenêtre, on aperçoit même des aliments en mal de fraîcheur.
Ces enfants ont une histoire commune: ils sont tous contaminés par le virus du sida. Certains ne sont là que depuis un ou trois mois, d'autres vivent à l'hôpital depuis neuf mois déjà. Les mères sont omniprésentes, certaines vivent même quotidiennement dans la chambre avec leur enfant.
La Roumanie regroupe plus de 50% des enfants contaminés par le virus HIV en Europe. Depuis 1990, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a enregistré plus de 6.300 cas de sida en Roumanie, dont 5.426 concernant des enfants. Quelque 2.200 enfants sont aujourd'hui décédés.
Adrian Bumb, élève-ingénieur de 21 ans, se bat depuis deux ans pour dénoncer les conditions d'existence de ces enfants et trouver les subventions indispensables à leur traitement. "Les hommes d'affaires que j'ai contactés ne voulaient nous aider que s'ils pouvaient prendre en charge la gestion de notre action, dans un sens qui ne serait pas forcément entièrement dévoué aux petits malades", déplore-t-il.
L'absence de fond avait entraîné l'année dernière l'interruption à plusieurs reprises du traitement des malades, entraînant une forte hausse de la mortalité, essentiellement chez les enfants. Un mois de traitement coûte environ 4.000 francs (610 euros) par enfant à l'hôpital qui fournit gratuitement les médicaments aux familles souvent défavorisées.
En plus du manque d'argent, les malades du sida sont souvent confrontés au rejet des Roumains qui ne veulent pas être en contact avec la maladie: les portes des écoles restent closes, les regards parlent d'eux-mêmes.
Au-delà des mots qui heurtent, des visages sans regard, la vie reprend ses droits. Grâce à l'engagement actif du corps médical et de quelques bénévoles, les parents gardent l'espoir d'un traitement. L'illusion d'une enfance insouciante, la tendresse et la malice semblent planer dans l'air.
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