« Battez-vous pour protéger votre patrimoine ! »
13/07/2006 09:46Typo Roumanie Saint-Ambreuil
En quittant la route départementale, nous empruntons un petit chemin qui nous conduit dans le passé, dans un monde fantastique, oublié, mais que nous voulons découvrir. En arrivant au château de la Ferté, nous plongeons dans le XIX e siècle et plus en avant encore et nous sommes éblouis par la beauté du paysage.
Notre hôte le baron Jacques Thénard, nous invite dans la grande salle du château et commence l'histoire de sa famille et du château qu'il habite depuis des années : il en a hérité quand il avait 25 ans, maintenant c'est un homme de 40 ans qui nous accueille.
L'histoire du château remonte au XII e siècle. Il fut d'abord une abbaye cistercienne. Ensuite, le bâtiment fut entouré de fortifications, muni d'un pont-levis et d'ouvrages de défense. Il reçut le nom de « La Ferté », provenant du latin « femitas » qui signifie la fermeté. Au 12ème siècle, La Ferté signifiait forteresse d'où en France de nombreux noms de villes comme La Ferté-Milon ; La Ferté-Bernard.
Et la présentation continue, leçon d'histoire et de vie à la fois. Nous traversons tour à tour des vestibules, la salle à manger, puis montons l'escalier en colimaçon : la trace encore visible de piliers supprimés montre l'évolution de l'architecture car le château nous présente « toute la vie de plusieurs époques, de tous les points de vue ». Quand une grand-mère plus audacieuse construit la salle de bains et installe le chauffage, la modernité devient maîtresse : la chambre de « madame » est restaurée, le lit occupe le centre de la pièce, d'ailleurs il y a des lits partout, vu que le château abritera pour Pâques 30 membres de la famille Thénard et pour les grandes fêtes de l'été 2006... 300 personnes !
Pour faire vivre un château, il faut surtout compter sur soi-même.
Les peintures, les sculptures, et les vêtements du XIXe siècle, les meubles, les couloirs en enfilade, les miroirs, les belles tapisseries nous racontent l'histoire du pays. Malheureusement le danger est partout : ce ne sont pas le même qu'au temps jadis, c'est la condensation, qui, à cause du froid, abîme le plafond.
Et comme « les trésors enfouis dans le parc n'ont pas été encore découverts », la famille Thénard doit faire des efforts financiers soutenus pour entretenir le bijou. Heureusement l'intelligence et l'esprit pratique sont l'héritage le plus important de la famille. La salle des ancêtres en est la preuve : le ballon à hélium, le bleu Thénard pour la peinture, le traitement du phylloxera, la rotative pour imprimer les journaux, des études sur l'électricité statique et ses influences sur l'agriculture, sur le mouvement perpétuel, tous ces travaux ont été réalisés par des membres de la famille. L'héritier d'aujourd'hui a adhéré à l'Association « La Demeure Historique » pour mieux gérer et conserver son château car l'État français s'implique peu dans l'entretien du patrimoine considéré comme privé.
La solution ? Une ferme, l'exploitation forestière, les chambres d'hôtes, les gîtes, les mariages organisés sur le domaine, les manifestations, « Récemment on a eu la fête de la chasse », complète M. Thénard. Il y a aussi les visites, mais, malheureusement, pour qu'elles fassent réellement vivre le château, on aurait besoin de 20 000 visiteurs par an. La Ferté n'en a que 8 500. Alors le jeune baron applique sa propre devise : « Il faut compter sur soi, il faut se battre ». Alors sa famille fait presque tout au château, du ménage au nettoyage, et jusqu'à l'achat des rouleaux de papier toilettes. Ce n'est pas par hasard que leur « premier investissement a été un aspirateur ». « Le ménage, les services, on fait tout », déclare le baron Thénard.
À la différence des autres châtelains, le baron Thénard habite toute l'année son château, et l'hiver, la vie est très difficile. Les hivers rigoureux ne sont pas les seuls ennuis : il y a aussi les cambriolages, car le système d'alarme ne fonctionne pas pendant la journée, et il y a surtout « le compte en banque ». Le baron nous explique que « les grandes fortunes quittent la France à cause de la fiscalité ». La conclusion lui vient presque naturellement : « Tous ceux qui ont acheté un château se sont appauvris ! ».
« Dans la vie, il faut s'adapter ! »
Dans une pièce ensoleillée, le baron nous invite au petit-déjeuner. La discussion délaisse l'entretien des toitures, la réparation des tuyaux, les 30.000 € que l'état doit à la famille pour la restauration réalisée en 2003. On aborde le sujet du jour : le CPE. Le baron, tranchant dans ce domaine, croit à la flexibilité : lui-même a changé plusieurs fois de métier au cours de sa vie et il est passé de la carrière militaire à l'agriculture puis au tourisme : « Dans la vie il faut s'adapter ». Il s'intéresse au tourisme roumain aussi, et il nous lance : « Battez-vous pour protéger votre patrimoine, le tourisme est une activité sérieuse, importante ».
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