Baguette franco-vietnamienne
26/08/2004 09:47Aurélie Juillard et Nicolas BarriquandTypo Vietnam
Un chef d’orchestre français, une metteuse en scène brésilienne, des musiciens et acteurs vietnamiens pour redonner vie à Faust. C’est le mélange inattendu qui a permis à « l’Histoire du soldat » de faire découvrir au public vietnamien une pièce inédite dans sa langue et la musique de Stravinsky.
« Il faut raccourcir la première scène, c'est un peu trop long... » En aparté, Marcia Fiani et Xavier Rist font le point après la première représentation de « L'histoire du soldat ». La première est metteuse en scène ; le second chef de l'orchestre symphonique de la région Poitou-Charentes. Ensemble, ils ont donné vie à la première adaptation en langue vietnamienne du mythe de Faust, sur une musique de Stravinsky. Dans l'esprit du théâtre itinérant, cette pièce réunit les comédiens du Théâtre de la Jeunesse et les solistes du Conservatoire national de musique de Hanoi. Deux traducteurs ont été mis à contribution pour préserver l'authenticité du texte. Mais dans cette version, le soldat a les yeux bridés et le diable à qui il vend son âme porte un chapeau de paysan vietnamien !
Tout est parti d'une coopération entre le conservatoire national et le centre culturel français de Hanoi avec la région Poitou-Charentes. Depuis six ans, Xavier Rist fait le voyage au Vietnam trois fois par an pour diriger des musiciens hanoiens dans des "master classes" et des concerts. « Ce que nous voulions, c'est atteindre le public vietnamien et construire un véritable orchestre avec les professeurs du conservatoire de Hanoi », explique Claudine Gillardy, coordinatrice du projet. « Donner à voir et à entendre une musique inédite au Vietnam », fait écho Xavier Rist. « Nous avons joué pour la première fois dans ce pays la 9e Symphonie de Beethoven ou le Boléro de Ravel », s'enthousiasme-t-il.
Le mythe de Faust s'inscrit dans la même veine. « Xavier m'a invitée à l'épauler, raconte Marcia Fiani. J'ai choisi les acteurs en allant les voir jouer puis nous avons dû effectuer un travail très précis de calage du texte et de la musique. » Le tout en un temps record puisque le travail commun des acteurs et des musiciens n'a débuté qu'en avril dernier, soit deux tout petits mois avant la première. Mais Marcia Fiani a l'habitude de tels défis. Brésilienne d'origine, française d'adoption pendant seize ans, notamment au Théâtre du Soleil, cette dame élégante coule aujourd'hui sa retraite en animant des ateliers de théâtre au centre culturel français de Hanoi. Elle y enseigne à de jeunes vietnamiens francophones. « Le Vietnam est un pays très attachant, commente-t-elle dans un sourire. Les gens y ont une générosité de cœur immense... Aujourd'hui, il m'est difficile de partir d'ici à cause de mes amis vietnamiens ! »
Xavier Rist, lui, ne veut pas se sentir « indispensable » au conservatoire de Hanoi. « Ce spectacle n'a jamais été joué au Vietnam aussi nous souhaitons organiser une tournée dans le pays mais je ne pourrai pas être toujours là. J'ai donc formé le directeur artistique de l'orchestre, qui est aussi le premier violon solo, à la fonction de chef d'orchestre. Je ne veux pas que la réussite de la pièce dépende de ma présence ! » De fait, lors du festival, Xavier Rist et Ngô Vǎn Thánh alternent à la baguette. La musique franco-vietnamienne est sans fausse note.
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