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Azouz Begag : un militant passionné
02/04/2008 08:53Harjeet JHANS
Né dans la banlieue lyonnaise, Azouz Begag est devenu écrivain, sociologue, et ministre. Chargé de l’Égalité des chances dans le gouvernement De Villepin, il continue de mener ses combats contre la pauvreté et pour une politique d’immigration plus ouverte.
Il a l’allure d’un intellectuel. Vêtu d’un complet sans cravate, Azouz Begag ressemble à un professeur d’université américaine. Lors d’une conférence à l’Alliance française de Bombay, il présente le premier livre de sa carrière, Le Gone du Chaâba, à une salle pleine à craquer. Un livre « totalement sincère, totalement authentique, totalement historique » affirme-t-il.
En 1957, Azouz naît dans la banlieue de Lyon. Ses parents sont originaires de Sétif, un village d’Algérie. Aux auditeurs de Mumbai, il conte d’un ton léger l’enfance d’un fils d’immigré ouvrier et pauvre. « À l’école, m’apprenait à être un citoyen français tandis que chez moi, mon père voulait faire de moi un bon Algérien ». Son père illettré rêve qu’il devienne un écrivain célèbre en France. « Être meilleur en français que les Français » devient le premier défi du petit Azouz. Le séduisant conteur se rappelle son « premier sentiment d’humiliation » quand il a découvert que son père ne savait pas lire : il signait son carnet de notes d’une croix. Dans une maison très étroite, l’enfant s’entraîne aux mots à l’aide de chansons françaises qu’il entend à la radio.
Ses écrivains préférés sont Ernest Hemingway et Albert Camus. Azouz Begag devient à son tour écrivain en 1986 avec la sortie de son roman Le Gone du Chaâba. Depuis, l’auteur insatiable a écrit vingt œuvres, autobiographiques ou sociologiques. Fier d’avoir réussi, ce passionné de mots prêche haut et fort. « Je suis devenu écrivain pour les pauvres. Je soutiens les enfants d’immigrés, je vais en Afrique du Nord, en Chine, en Inde… partout où le peuple souffre de discrimination. » Lors de ses voyages, il fait comprendre aux parents que leurs enfants peuvent eux aussi prendre l’ascenseur social. « La différence entre les riches et les pauvres ce n’est pas l’argent, c’est simplement l’accès à l’éducation. Or on peut accéder aux bibliothèques gratuitement, alors il faut en faire bon usage. Vous ne le regrettez jamais », ajoute-t-il d’un ton professoral.
« Liberté, égalité, fraternité, laïcité »
Il est attaché à la France et à ses valeurs républicaines. Le père Begag a eu beau essayer de lui transmettre sa religion musulmane, il n’a pas réussi. Le fils raconte affectueusement la tolérance de son père, son ouverture d’esprit. Il ne s’est pas opposé au mariage de son fils avec une blonde française. Mais Azouz Begag n’oublie pas ses origines modestes de banlieue lyonnaise et prône : « n’oubliez jamais d’où vous venez ».
Dire « non »
Pour lui, « non » est une arme de combat puissante. « Je fais parti de la génération qui a vu les sportifs américains noirs dire « non » à la ségrégation lors des Jeux Olympiques de Mexico City en 1968 », déclare-t-il avec fierté. Aujourd’hui, Azouz Begag soutient Barak Obama à la course à la présidentielle américaine parce qu’il a eu le courage de dire « non » à la guerre en Irak contrairement au président Bush. « Je respecte aussi Jacques Chirac pour cette raison. » Il a été nommé ministre délégué à l’Égalité des chances en 2005 par Dominique de Villepin. « J’ai eu des problèmes parce que j’ai dit « non » sur la question de l’immigration. » Il démissionne en avril 2007 par souci de liberté de parole.
« L’immigration est source de richesse pour un pays »
Sur la question de l’immigration, il n’est pas d’accord avec le gouvernement français. « En France il y a 300 000 emplois non pourvus dans le tertiaire et le bâtiment. Nous aurions besoins de plus en plus de main-d’œuvre de pays africains pour bâtir notre démocratie. Pour lui, restreindre l’immigration pour se protéger est un leurre. Il loue par exemple le modèle californien : « Cet état est devenu très riche car il a su attirer toute l’énergie du monde et en profiter ». Et affirme avec enthousiasme : « La réalité du monde de demain, c’est que chaque culture, chaque pays devra être de plus en plus ouvert au monde »
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