Avatar : l'avorton bâclé

01/01/2010 23:01Alexandre Mathis

Cameron déboule onze ans après Titanic avec ce qui se veut une révolution visuelle. Résultat : une fiction chatoyante, mais incroyablement creuse et clichée.

Voici l'occasion rêvée de régler une bonne fois pour toutes le compte de James Cameron. Ce Canadien à la réputation aussi sulfureuse qu'ambitieuse est souvent considéré comme un cinéaste majeur. Avatar doit en être la preuve ultime. Alors Cameron, c'est ce gros truc bien lourd, mais divertissant que sont Terminator 1 et 2. C'est aussi l'énigmatique True Lies. Mais c'est surtout l'ignoble niaiserie Titanic. Bref du « grand » James, on ne retiendra que le très réussi Alien

Avatar, de James Cameron, avec Sam Worthington, Zoe Saldana, Sigourney Weaver (U.S.A., 2h40, 2009)

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Affiche du film "avatar" de James Cameron - 2009Avec Avatar, on nous promettait monts et merveilles. Il se veut le premier film vraiment conçu pour la 3D. Les équipes du film s'en sortent effectivement bien en créant Pandora, la planète colonisée par les humains. Jouant intelligemment sur les profondeurs et les couleurs (parfois trop criardes tout de même), on sent que les concepteurs se sont donnés du mal pour dévoiler un univers vaste. Ça rappelle le jeu Halo. On peut quand même s'interroger sur l'intérêt d'inventer un autre monde face à ce résultat. La planète bleue ressemble beaucoup trop à la nôtre. Faune et flore qui y vivent font penser à nos propres espèces terrestres- gênant pour un film qui se veut vraiment dépaysant. Une sorte de rhinocéros avec des petites fleurs, un chien géant mixte de loup, de tigre et d'extasy. C'est encore pire pour les plantes où on se croirait dans une Amazonie fluo. Même les Pokemon sont plus originaux. Heureusement que les studios de la WETA réalisent du très bon boulot pour faire passer la pilule. Quant à la 3D, bien que plus réussie qu'à l'accoutumée, elle ne dépasse pas encore le stade du gadget dont le seul objectif est de faire payer les places plus chères.

 

Vacuité scénaristique

Si la forme est donc plutôt convaincante, sans être révolutionnaire, le fond donne envie de se barrer du cinéma. Cameron vient de nous pondre l'histoire la plus classique de l'année. Alors, on résume : de méchants humains pollueurs sont installés sur Pandora. Ils cherchent à piquer une ressource rare dans le sol. Sauf que ces crétins de Na'Vi, les autochtones tous bleus directement inspirés des pires parodies d'Indiens façon Lucky Luke, vivent à cet endroit. Avatar se ramène avec ses gros sabots où l'on anticipe la totalité des péripéties. Les Avatars sont des créatures pouvant survivre sur cette planète hostile et que le gentil héros Jake (Sam Worthington) va s'infiltrer parmi les Na'Vi. Au bout de 10 minutes, on sait déjà comment tout va se passer.

En découle une alternance de scènes lourdingues antimilitaristes avec une caricature du colonel imbécile (Stephen Lang, plus que mauvais), violent et aussi résistant que Terminator. On a aussi droit à la romance entre le marines et la Na'Vi. Une version du pauvre de Pocahontas. Cameron se prend pour Terence Malick (Un Nouveau Monde) mais n'arrive même pas à y insuffler une once de magie. Le tout servi par une musique electro-tribale ridicule.

 

« Jake, ne meurs pas comme dans Titanic cette fois »

Le pire reste à venir. Une fois rassasié des jolis décors, on se penche sur les dialogues et la mise en scène. Les expressions faciales des avatars en 3D n'arrivent pas à retranscrire assez bien l'émotion humaine. Quant aux dialogues, leur ridicule n'a d'égal que leurs clichés. Du militaire qui sort « on va les buter ces écolos » (à peine exagéré), au « je te faisais confiance, tu m'as trahi » pour la phase romantique, toutes les caricatures dans le domaine y passent. C'est de loin le plus gros défaut du film qui ferait passer les dialogues d'un film de Michael Young pour philosophique. La mise en scène pêche par sa lourdeur. Deux exemples l'illustrent. Quand Jake s'enfuit dans la forêt, on aurait aimé avoir peur pour lui, sentir une tension, un vrai danger. Mais les choix de Cameron nous montrent immédiatement que ce warrior va s'en sortir. Et pour bien tuer tout suspense, on a droit à un gros plan sur Neytiri (Zoe Saldana), future sauveuse du héros. Autre aspect gâché : lorsque les Na'Vi discutent entre eux. Les sous-titres nous transcrivent tout. On aurait aimé se sentir aussi paumé que le soldat humain, ne rien comprendre quelques instants. La traduction serait apparue au fur et à mesure qu'il apprenait leur langue. Mais pour ne pas larguer son public qu'il pense débile, le réalisateur nous mâche le travail d'explication, ne se souci pas d'éventuels problèmes logistiques. La voix off de Jake est là pour rabâcher ce que l'on a déjà compris depuis une heure. Après 2h40 très longue, le calvaire prend fin. On apprécia juste quelques séquences au punch indéniable, et de beaux décors. Pour le reste… Avatar est finalement le film d'un imbécile qui prend les gens pour des imbéciles. Encore plus bateau que Titanic, un comble…

 

Avatar, de James Cameron, avec Sam Worthington, Zoe Saldana, Sigourney Weaver (U.S.A., 2h40, 2009)

 

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